Luttes du Sanhadjien El-Moezz contre les Beni-Khazroun de Tripoli. Préludes de sa rupture avec les Fatemides.--En Ifrikiya, la puissance du gouverneur sanhadjien continuait à décliner. Renonçant, pour ainsi dire, aux régions de l'ouest, abandonnées de fait à Hammad, El-Moëzz ne s'occupait guère que des Beni-Khazroun de la province de Tripoli. L'anarchie y était en permanence. Ouerrou, frère de Felfoul, étant mort en 1015, son fils Khalifa voulut prendre le commandement des Zenètes, mais ces Berbères se divisèrent, et une partie suivit les étendards de Khazroun, frère de Ouerrou.
Après une courte lutte, celui-ci resta maître de l'autorité et entraîna ses adhérents à des incursions sur les territoires de Gabès et de Tripoli, où un gouverneur, du nom d'Abd-Allah-ben-Hacen, commandait pour El-Moëzz. En 1026, cet Abd-Allah, dont le frère venait d'être mis à mort à Kaïrouan, par l'ordre du gouverneur, livra, pour se venger, Tripoli à Khalifa, chef des Zenètes, et celui-ci, étant ainsi devenu maître de cette place, en expulsa Abd-Allah et fit massacrer tous les Sanhadja qui s'y trouvaient.
El-Moëzz, bien qu'ayant été élevé dans les principes de la doctrine chiaïte, s'était rattaché à la secte de Malek et n'avait pas tardé à persécuter ses anciens coreligionnaires. A El-Mehdïa, à Kaïrouan, les Chiaïtes étaient poursuivis, molestés, torturés même. Leur sang avait coulé à flots et ces mauvais traitements les avaient forcés, en maints endroits, à l'exil volontaire. La Sicile et l'Orient avaient vu arriver ces malheureux dans le plus triste état. Cette attitude n'était rien moins que la révolte contre les khalifes d'Egypte. En vain El-Hakem, qui régnait alors, essaya de ramener à l'obéissance son représentant de Kaïrouan, en le comblant de cadeaux; il ne réussit qu'à retarder une rupture inévitable.
Khalifa, de Tripoli, exploitant la situation, entra en rapports avec la cour du Caire et reçut du khalife un diplôme lui conférant le commandement de la Tripolitaine. C'était, entre les deux cours, un échange d'hostilités indirectes, prélude d'actes plus décisifs.
En 1028, Hammad mourut à la Kalâa, et fut remplacé par son fils El-Kaïd, qui confia à ses frères les grands commandements de son empire. Les bons rapports continuèrent pendant quelque temps entre lui et son cousin de Kaïrouan, mais, de ce côté aussi, une rupture était imminente [617].
[Note 617: ][ (retour) ] Ibn-Khaldoun, t. I, p. 30, t. II, p. 20, 21, 45, 131, t. III, p. 266, 267. El-Kairouani, p. 140, 141. El-Bekri, passim. Amari, Musulmans de Sicile, t. II, p. 357 et suiv.
Guerre entre les Mag'raoua et les Beni-Ifrene.--A Fès, Ham-mama, roi des Mag'raoua, continuait à régner au milieu d'une cour brillante, et, pendant ce temps, les Beni-Ifrene, commandés par Temim, guerroyaient contre les Berg'ouata et devenaient redoutables. En 1033, ils vinrent, avec l'aide d'autres tribus zenètes, mettre le siège devant Fès. Le chef des Mag'raoua leur livra une grande bataille sous les murs de la ville; mais, après une lutte acharnée où tombèrent ses meilleurs guerriers, il fut entièrement défait. Les Beni-Ifrene entrèrent victorieux à Fès, qu'ils mirent au pillage. Le quartier des juifs, surtout, attira leur convoitise, car il était rempli de richesses; les vainqueurs massacrèrent les hommes et réduisirent les femmes en esclavage.
Temim s'installa en souverain dans Fès, tandis que Hammama se réfugiait à Oudjda et s'occupait avec activité à réunir ses adhérents, afin de prendre sa revanche. Peu de temps après, il fut en mesure de commencer les hostilités et, en 1038, il arrachait sa capitale des mains des Beni-Ifrene. Ceux-ci rentrèrent dans leurs anciens territoires; Temim se retrancha à Chella [618].
[Note 618: ][ (retour) ] Le Kartas donne pour date à cet événement l'année 1041. Nous adoptons la date et la leçon d'Ibn-Khaldoun qui paraissent plus probables.
Après cette victoire, Hammama se crut assez fort pour entreprendre d'autres conquêtes. A la tête d'une armée zenatienne, il se mit en marche vers l'est et envahit le territoire sanhadjien. El-Kaïd, seigneur de la Kalâa, s'avança à sa rencontre; mais, se sentant moins fort, il n'osa pas engager le combat, et préféra employer l'intrigue et la corruption pour détourner les adhérents de son adversaire. Abandonné par son armée, Hammama n'eut bientôt d'autre parti à prendre que d'accepter la paix et de rentrer chez lui. Il mourut l'année suivante (1040), laissant le pouvoir à son fils; mais la guerre civile divisa alors les Mag'raoua; et Fès fut, pendant de longues années, le théâtre de luttes et de compétitions dans lesquelles les forces des Mag'raoua s'épuisèrent.