Événements de Sicile et d'Italie. Chute des Kelbites.--Absorbés par l'histoire de l'Afrique et de l'Espagne, nous avons perdu de vue la Sicile et l'Italie, et il convient de revenir sur nos pas afin de passer une rapide revue des événements survenus dans ces contrées.

La Sicile, indépendante de fait sous les émirs kelbites, qui reconnaissaient pour la forme l'autorité des khalifes fatemides, profita d'une période de paix, pendant laquelle fleurirent les lettres et les arts. Toutes les forces vives des Musulmans s'étaient reportées sur l'Italie. Les villes de Cagliari et de Pise avaient été pillées par les Sarrasins (1002). En 1004, le doge de Venise, P. Orseolo, vint au secours de Bari, assiégée par le renégat Safi, et força les Musulmans à la retraite. En 1005, les Pisans remportèrent l'importante bataille navale de Reggio. En 1009, les Musulmans, prenant leur revanche, s'emparèrent de Cosenza.

En 1015, une expédition musulmane assiégeait Salerne, et cette ville, pour éviter de plus grands maux, se disposait à accepter les exigences des Arabes, lorsque quarante chevaliers normands revenant de Terre sainte, qui se trouvaient de passage dans la localité, scandalisés de voir des chrétiens ainsi malmenés par des infidèles, entraînèrent à leur suite quelques hommes de cœur et forcèrent les Musulmans à se rembarquer, après avoir pillé leur camp. Refusant ensuite toutes les offres qui leur étaient faites, ils continuèrent leur chemin. Mais le prince de Salerne les fit accompagner par un envoyé chargé de ramener des champions de leur pays, en les attirant par les promesses les plus séduisantes.

Le caïd de Sicile, Youssof-el-Kelbi, ayant été frappé d'hémiplégie, avait résigné quelque temps auparavant le pouvoir entre les mains de son fils Djâfer, qui avait reçu d'El-Hakem l'investiture, avec le titre de Seïf-ed-Daoula. En 1015, Ali, frère de Djâfer, appuyé par les Berbères, se mit en état de révolte, mais il fut vaincu et tué par son frère, qui expulsa une masse de Berbères de l'île. Djâfer, vivant dans le luxe, abandonna la direction des affaires à l'Africain Hassan, de Bar'aï, et ce ministre, pour subvenir aux dépenses de son maître, ne trouva rien de mieux que d'augmenter les impôts, en percevant le cinquième sur les fruits, alors que les terres étaient déjà grevées d'une taxe foncière. Il en résulta une révolte générale (mai 1019). Djâfer fut déposé, transporté en Egypte et remplacé par son frère Ahmed-ben-el-Akehal.

Le nouveau gouverneur, après avoir rétabli la paix en Sicile, entreprit des expéditions en Italie. L'empereur Basile, qui avait tenu sous le joug les Musulmans d'Orient, les Russes et les Bulgares, se prépara, malgré ses soixante-huit ans, à faire une descente en Sicile. Son aide de camp Oreste le précéda avec une nombreuse armée et chassa de Calabre tous les Musulmans; il attendait l'empereur pour passer en Sicile lorsque celui-ci mourut (décembre 1025).

Averti du péril qui menaçait la Sicile, El-Moëzz offrit son aide à El-Akehal, qui l'accepta. Mais la flotte envoyée d'Afrique fut détruite par une tempête (1026). Oreste, débarqué en Sicile, ne sut pas tirer parti des circonstances; il laissa affaiblir son armée par la maladie et, lorsque les Musulmans attaquèrent, il se trouva hors d'état de leur résister.

Toutes les tentatives tournaient au profit des Musulmans. Les flottes combinées d'El-Moëzz et d'El-Akehal sillonnèrent alors les mers du Levant et allèrent porter le ravage sur les côtes d'Illyrie, des îles de la Grèce, des Cyclades et de la Thrace. Mais, dans la Méditerranée, les chrétiens, oubliant leurs dissensions particulières, s'unissaient partout pour combattre l'influence musulmane. C'est ainsi que les Pisans, aidés sans doute des Génois, armèrent en 1034 une flotte imposante et effectuèrent une descente en Afrique. Bône, objectif de l'expédition, fut prise et pillée par les chrétiens. En 1035, la cour de Byzance envoya des ambassadeurs à El-Moëzz pour traiter de la paix. Sur ces entrefaites, une révolte éclata en Sicile contre El-Akehal, qui avait voulu encore augmenter les impôts pour subvenir aux frais de la guerre. La situation devenant périlleuse, ce prince se hâta de faire la paix avec l'empire et d'accepter le titre de maître, qui impliquait une sorte de vasselage; il demanda alors des secours aux Byzantins, tandis que les rebelles appelaient à leur aide El-Moëzz.

Le gouverneur de Kaïrouan leur envoya son propre fils Abd-Allah, avec trois mille cavaliers et autant de fantassins. En 1036, Léon Opus, qui commandait en Calabre, passa en Sicile pour secourir le nouveau vassal de l'empire et défit l'armée berbère; mais, craignant des embûches, il ne profita pas de sa victoire et rentra en Italie, accompagné de quinze mille chrétiens qui avaient suivi sa fortune. Bientôt El-Akehal fut assassiné, et Abd-Allah resta seul maître de l'autorité [619].

[Note 619: ][ (retour) ] Amari, Musulmans de Sicile, t. II, p. 341 et suiv. Élie de la Primaudaie, Arabes et Normands, p. 159 et suiv.

Exploits des Normands en Italie et en Sicile. Robert Wiscard.--Nous avons vu que le prince de Salerne, enthousiasmé des exploits des Normands, avait député une ambassade pour décider leurs compatriotes à lui prêter l'appui de leurs bras. Son appel fut entendu, et bientôt une petite compagnie d'aventuriers normands arriva en Italie, sous la conduite d'un certain Drengot (1017). Présentés au pape Benoît VIII, ils furent encouragés par le pontife à lutter contre les Byzantins, qui se rendaient odieux par leur tyrannie et dont l'ambition portait ombrage à tous les souverains de l'Italie centrale. Après avoir, tout d'abord, infligé aux Grecs des pertes sensibles, les Normands ressentirent à leur tour les effets de la fortune adverse et furent cruellement éprouvés par le fer de l'ennemi. Le katapan Boïannès les expulsa de toutes leurs conquêtes et rétablit l'autorité de l'empire jusque sur l'Apulie.