Fondation de Cyrène par les Grecs.--Les rivaux des Phéniciens dans la colonisation du littoral méditerranéen furent les Grecs. Depuis longtemps, ils tournaient leurs regards vers l'Afrique, lorsque Psammetik Ier combla leurs vœux en leur ouvrant les ports de l'Egypte. Après avoir exploré cette contrée jusqu'à l'extrême sud, ils firent un pas vers l'Occident, et dans le viie siècle [11], une colonie de Grecs de l'île de Théra vint, sous la conduite de son chef Aristée, surnommé Battos, s'établir à Cyrène. Les peuplades indigènes que les Théréens y rencontrèrent leur ayant dit qu'elles s'appelaient Loub ou Loubim, ils donnèrent à leur pays le nom de Libye (Λιßύε), que l'antiquité conserva à l'Afrique. La tradition a gardé le souvenir des luttes qui éclatèrent entre les Grecs de Cyrène et leurs voisins de l'Ouest, les Phéniciens, au sujet de la limite commune de leurs possessions, et l'histoire retrace le dévouement des deux frères Karthaginois qui consentirent à se laisser enterrer vivants pour étendre le territoire de leur patrie jusqu'à l'endroit que l'on a appelé en leur honneur «Autel des Philènes» [12].

[Note 11: ][ (retour) ] On n'est pas d'accord sur la date de la fondation de Cyrène. Selon Théophraste et Pline, il faudrait adopter 611. Solin donne une date antérieure qui varie entre 758 et 631.

[Note 12: ][ (retour) ] A l'est de Leptis, au fond de la Grande Syrte. Salluste, Bell. Jug., XIX, LXXVIII.

Données géographiques d'Hérodote.--Vers 420, Hérodote, qui avait lui-même visité l'Egypte, écrivit sur l'Afrique des détails précis que ses successeurs ont répétés à l'envi. Ses données, très étendues sur l'Egypte, sont assez exactes relativement à la Libye, jusqu'au territoire de Karthage; pour le pays situé au delà, il reproduit les récits plus ou moins vagues des voyageurs grecs.

Pour Hérodote, la Libye comprend le «territoire situé entre l'Egypte et le promontoire de Soleïs (sans doute le cap Cantin). Elle est habitée par les Libyens et un grand nombre de peuples libyques et aussi par des colonies grecques et phéniciennes établies sur le littoral. Ce qui s'étend au-dessus de la côte est rempli de bêtes féroces; puis, après cette région sauvage, ce n'est plus qu'un désert de sable prodigieusement aride et tout à fait désert» [13].

[Note 13: ][ (retour) ] Lib. IV.

Après avoir décrit le littoral de la Cyrénaïque et des Syrtes, Hérodote s'arrête au lac Triton (le Chot du Djerid). Il ne sait rien, ou du moins ne parle pas spécialement de Karthage. «Au delà du lac Triton,--dit-il,--on rencontre des montagnes boisées, habitées par des populations de cultivateurs nommés Maxyes.» Enfin, il a entendu dire que, bien loin, dans la même direction, était une montagne fabuleuse nommée Atlas et dont les habitants se nommaient Atlantes ou Atarantes. Au midi de ces régions, au delà des déserts, se trouve la noire Ethiopie.

Parmi les principaux noms de peuplades donnés par Hérodote, nous citerons:

Les Adyrmakhides, les Ghiligammes, les Asbystes, les Auskhises, etc., habitant la Cyrénaïque.

Les Nasamons et les Psylles établis sur le littoral de la Grande Syrte.