Première guerre punique.--Dès qu'on eut appris à Karthage l'occupation de Messine par les Italiens, la guerre fut décidée. Une flotte nombreuse vint, sous la conduite de Hannon, bloquer la ville par mer, tandis que les troupes puniques, d'un côté, et Hiéron, avec les Syracusains, de l'autre, l'assiégeaient par terre. Mais les Romains n'étaient pas disposés à se laisser enlever leur nouvelle colonie. Le consul Appius Claudius étant parvenu à passer le détroit contraignit bientôt les alliés à lever le siège et vint même faire une démonstration contre Syracuse. L'année suivante les Romains remportèrent de grands succès, dont la conséquence fut de détacher Hiéron du parti des Karthaginois et d'obtenir son alliance contre ceux-ci (263) [29]; les colonies grecques de l'île suivirent son exemple et dès lors Karthage se trouva isolée, sur un sol étranger, et obligée de faire face à des ennemis s'appuyant sur des forteresses telles que Messine et Syracuse. Bientôt les Phéniciens en furent réduits à se retrancher derrière leurs places fortes.
[Note 29: ][ (retour) ] Diodore, XXIII.--Polybe, 1.
Dans ces conjonctures, les Karthaginois jugèrent qu'il y avait lieu de tenter un grand effort: ils réunirent une armée imposante de mercenaires liguriens, espagnols et gaulois et, l'ayant fait passer en Sicile, la répartirent dans leurs places fortes et s'établirent solidement à Agrigente (Akragas), afin de faire de cette ville le nœud de leur résistance. Bientôt les consuls vinrent attaquer ce camp retranché, mais, n'ayant pu l'enlever d'un coup de main, ils durent en faire le siège régulier. Hannibal, fils de Giscon, défendait avec habileté la ville et était aidé par Hiéron qui avait contracté une nouvelle alliance avec les Karthaginois. Quant aux Romains, ils recevaient constamment d'Italie des vivres et des renforts et resserraient chaque jour le blocus.
Succès des Romains en Sicile.--Sur ces entrefaites, le général Hannon, envoyé de Karthage avec une nouvelle et puissante armée, débarque en Sicile et vient attaquer les Romains dans leur camp. Mais le sort des armes est favorable à ceux-ci; les Karthaginois, écrasés, laissent leur camp aux mains des vainqueurs; Hannon parvient, non sans peine, à se réfugier dans Héraclée avec une poignée de soldats. Cette bataille décida du sort d'Agrigente: Hannibal s'ouvrit un passage à la pointe de l'épée, au milieu des ennemis, et abandonna la ville aux Romains (262). Les habitants de la cité furent vendus comme esclaves [30].
[Note 30: ][ (retour) ] Polybe, 1. I, ch. 19, 20.
Malgré les succès des Italiens, la situation en Sicile n'était pas désespérée pour les Karthaginois, car ils tenaient encore une grande partie de l'île et avaient souvent l'appui des colonies grecques. Une guerre incessante, guerre d'escarmouches et de surprises, sur mer et sur terre, remplaça les grandes batailles. La flotte punique, beaucoup plus puissante que celle des Romains, causa de grands dommages sur les côtes italiennes et fit un tort considérable au commerce. Force fut aux latins de se construire des navires et de remplacer leurs barques par des quinquirèmes [31], en état de lutter avec celles de leurs ennemis. Après avoir créé les vaisseaux, il fallut improviser les marins, mais l'ardeur des Italiens pourvut à tout, et, en 280, une flotte imposante était prête à tenir la mer. Le début ne fut pas heureux; une partie des navires, avec le consul, tomba aux mains des Karthaginois, dans le port de Lipari; mais bientôt les marins italiens prirent leur revanche dans plusieurs combats et enfin le consul Duilius remporta la grande victoire navale de Miloe, dans laquelle la flotte karthaginoise fut capturée ou détruite. Duilius ayant débarqué en Sicile obtint sur les ennemis de nouveaux et importants avantages (260).
[Note 31: ][ (retour) ] La quinquirème avait jusqu'à 300 rameurs et portait le même nombre de soldats.
Encouragés par les succès de leur flotte, les Romains exécutèrent, pendant les années suivantes, des descentes en Sardaigne et en Corse et réussirent à arracher aux Karthaginois une partie des postes qu'ils occupaient dans ces deux îles. En même temps la guerre de Sicile suivait son cours avec des chances diverses, mais sans amener de résultat décisif. Néanmoins, dans la campagne de 258, les consuls A. Calatinus et S. Paterculus s'emparèrent de villes importantes; Hippane, Canarine, Enna, Erbesse, etc.
Les Romains portent la guerre en Afrique.--La guerre durait depuis huit ans, absorbant toutes les forces des Italiens et menaçant de s'éterniser. Le plus sûr moyen de la terminer était d'attaquer les ennemis chez eux, et de transporter le théâtre de la lutte dans leur propre pays. En 256, les Romains résolurent d'exécuter ce hardi projet. Ils réunirent une flotte de trois cents galères et firent voile vers l'Afrique sous la conduite des consuls Manlius et Régulus. Ils rencontrèrent à Eknome les vaisseaux Karthaginois et leur livrèrent une mémorable bataille navale qui se termina par la victoire des Romains. Dès lors l'Afrique était ouverte. Les consuls abordèrent à l'est de Karthage et allèrent s'établir solidement à Clypée (Iclibïa), pour y grouper toutes les forces, hors de la portée de leurs ennemis. De là ils lancèrent dans l'intérieur des expéditions qui portèrent au loin le ravage et la terreur, et ramenèrent un grand nombre de prisonniers. Sur ces entrefaites arriva l'ordre du Sénat de Rome, rappelant en Italie le consul Manlius avec une grande partie des troupes et prescrivant à Régulus de presser les opérations, au moyen de son armée réduite à 15,000 hommes d'infanterie et 500 cavaliers.
Après le premier moment de stupeur qui avait suivi à Karthage la nouvelle du désastre d'Eknome, on s'était préparé avec ardeur à la résistance; des mercenaires avaient été enrôlés et Amilcar, rappelé de Sicile, avait ramené des forces importantes. Mais le sort des armes fut encore défavorable aux Karthaginois: vaincus à Adis (Radès), ils ne purent empêcher Régulus d'occuper Tunès (Tunis) (255).