La guerre en Sicile.--Après la mort de Hiéronyme, Karthage tenta de recueillir l'héritage de son allié. Un parti avait proclamé à Syracuse une sorte de république; mais cette ville ne pouvait rester neutre entre les deux grandes rivales; d'habiles émissaires, envoyés, dit-on, par Hannibal, la décidèrent à appeler les Karthaginois. A cette nouvelle, Rome chargea Marcellus de prendre la direction des affaires en Sicile; le brave général commença aussitôt le siège de Syracuse; mais cette ville avait été fortifiée avec soin par Hiéron, durant son long règne, et elle était défendue par une population énergique, avec le génie d'Archimède pour auxiliaire; aussi les Romains, après six mois d'efforts infructueux, durent-ils renoncer aux opérations actives et se contenter d'un blocus. En même temps, des troupes nombreuses, dont le chiffre atteignait, dit-on, trente mille hommes, avaient été envoyées par Karthage, en Sicile. Bientôt la plus grande partie de l'île fut arrachée aux Romains. Quant à Marcellus, il concentrait tous ses efforts contre Syracuse.
Hannibal avait compté sur le secours que Philippe s'était engagé à lui fournir par son traité, et il est certain que, si le roi de Macédoine avait envoyé en Sicile ou en Italie des secours importants aux Karthaginois, la situation des Romains serait devenue fort critique. Son indécision, ses retards, sa mollesse compromirent tout, et Rome en profita habilement pour attaquer Philippe chez lui et semer la défiance et l'esprit d'opposition parmi les confédérés grecs; le secours du roi de Macédoine fut donc annulé.
En 212, Syracuse se rendit à Marcellus, qui livra la ville au pillage. La guerre, transformée en lutte de guérillas, devint dès lors funeste aux Karthaginois. Le consul Lævinus leur enleva toutes leurs conquêtes.
Les Berbères prennent part à la lutte. Syphax et Massinissa.--Les Berbères étaient depuis trop d'années mêlés, par leurs mercenaires, à la lutte de Rome et de Karthage, pour qu'il leur fût possible d'en demeurer plus longtemps les spectateurs désintéressés. Gula, fils de ce Naravase qui avait aidé Amilcar à triompher des Mercenaires, était chef des Massyliens. Syphax [50] régnait sur les Masséssyliens, c'est-à-dire, sur la Numidie occidentale. Par ses traditions, par sa situation, Gula devait s'allier aux Karthaginois qui, du reste, lui prodiguaient leurs bons offices; c'est ce qu'il fit. Quant à Syphax, il accueillit, dit-on, les propositions et les promesses que les Scipions lui envoyèrent d'Espagne et se prononça pour Rome (213). Il s'occupa d'abord à organiser son armée sous la direction de centurions romains, et, quand il se crut assez fort, il se mit en marche contre les Massyliens.
Mais Gula, prévenu de ces dispositions, n'était pas resté inactif. Son fils Massinissa, jeune homme de dix-sept ans, doué des plus belles qualités [51], marcha, à la tête de troupes massyliennes et karthaginoises, à la rencontre de Syphax, le vainquit dans une grande bataille, où celui-ci perdit, dit-on, plus de trente mille hommes, et le contraignit à abandonner Siga, sa capitale, pour se réfugier dans les montagnes de la Maurétanie. Syphax ayant voulu se reformer avec l'appui des Maures fut de nouveau vaincu (212). Toute la Numidie se trouva alors réunie sous le sceptre de Gula, dont le royaume s'étendit de la Molochat à l'Afrique propre.
[Note 50: ][ (retour) ] Il serait beaucoup plus simple d'adopter pour ce nom l'orthographe Sifax, car rien ne nous oblige d'employer l'y et ph, sinon la traduction.
[Note 51: ][ (retour) ] Tite-Live.
Guerre d'Espagne.--Ces victoires éloignaient, pour le moment, un danger qui avait menacé directement Karthage. Celle-ci songea alors à tenter un grand effort en Espagne pour arrêter les succès des Scipions. Asdrubal, qui était venu lui-même coopérer à la campagne contre Syphax, s'empressa de retourner dans la péninsule, emmenant avec lui des renforts considérables fournis en grande partie par les Numides, et avec eux Massinissa, dont il avait pu apprécier la valeur.
Les Scipions appelèrent aux armes les populations espagnoles nouvellement soumises et, comme les Karthaginois avaient divisé leurs troupes en trois corps, ils formèrent aussi trois armées pour les leur opposer. Le résultat fut désastreux pour eux. Publius Scipion, abandonné par ses auxiliaires, fut d'abord défait, puis ce fut le tour de Cnéius. Enfin les débris de l'armée furent sauvés par Caius Marcius qui se retira derrière l'Ebre. Toute la ligne située au sud de ce fleuve rentra ainsi en la possession des Karthaginois. Massinissa et les Numides avaient puissamment contribué à ces importants succès (212).
Les deux Scipions étaient morts en combattant et il semblait qu'il restait peu d'efforts à faire aux Karthaginois pour débloquer le nord de l'Espagne et porter secours à Hannibal; mais la désunion qui régnait parmi les chefs phéniciens, d'autre part, l'habile tactique de C. Marcius et la promptitude de Rome à envoyer des secours arrêtèrent les conséquences d'une campagne si bien commencée. La guerre, avec ses péripéties, reprit son cours régulier. Massinissa d'un côté, le jeune Publius Scipion, de l'autre, se rencontrèrent sur ces champs de bataille.