[Note 65: ][ (retour) ] Strabon, 1. XVII, ch. 833. Appien, 74 et suiv. Nous suivons pas à pas le texte de ces auteurs pour la 3e guerre punique.
Le consul Censorinus leur fît connaître alors qu'ils devaient évacuer leur ville, car ses instructions portaient destruction de Karthage.
Héroïque résistance de Karthage.--Lorsque cette exigence fut connue à Karthage, l'indignation populaire fît explosion et se traduisit par une formidable insurrection. Tous ceux qui avaient pris part à la remise des armes, tous les partisans de la paix, tous les amis des Romains furent massacres et l'on jura de lutter jusqu'à la mort. On se mit en relation avec Asdrubal, qui avait réussi à s'échapper et se tenait à quelque distance, à la tête d'une vingtaine de mille hommes, presque tous proscrits. Un autre Asdrubal, petit-fils de Massinissa, par sa mère, prit le commandement de la ville. Mais il fallait avant tout des armes et, pour gagner du temps, les Karthaginois demandèrent une trêve de trente jours aux consuls qui la leur accordèrent, persuadés que ce temps suffirait à les décider à la soumission. On vit alors ce spectacle admirable de toute une population, hommes, femmes, enfants, vieillards travaillant sans relâche, nuit et jour, en secret et sans bruit, dans les temples, dans les caves, à remplacer les armes et le matériel livrés par la lâcheté à l'ennemi, sacrifiant tout au salut de la patrie, transformant chaque objet en arme et remédiant, à force de génie et d'énergie, à l'absence de moyens matériels. Bel exemple donné par une nation qui va périr, mais qui sauve son honneur!
A l'expiration du délai, les consuls quittèrent leur camp d'Utique et marchèrent sur Karthage, pensant que les portes de la ville allaient tomber devant eux. Quel ne fut par leur étonnement de trouver toutes les entrées soigneusement fermées et les murailles garnies de défenseurs en armes. Une tentative d'assaut fut repoussée et les consuls purent se convaincre qu'il fallait entreprendre des opérations régulières de siège. Les Romains s'appuyaient sur Utique et sur une partie des places du littoral oriental; mais Asdrubal, avec une nombreuse cavalerie, tenait l'intérieur et était en communication avec Karthage, qu'il ravitaillait régulièrement. Enfin une population de 700,000 âmes occupait la ville et était décidée à une résistance héroïque. Quant à Massinissa, qui ne voyait pas sans jalousie les Romains attaquer une ville qu'il considérait comme sa proie, il se tenait dans une réserve absolue.
Le consul Censorinus avait donc à lutter contre des difficultés aussi grandes qu'inattendues; néanmoins il commença avec activité le siège. Asdrubal vint établir son camp à Néphéris, de l'autre côté du lac, et ne cessa d'inquiéter les assiégeants qui, d'autre part, avaient à résister aux sorties des assiégés. Censorinus avait concentré ses efforts contre le mur, plus faible, établi sur la langue de terre (la tœnia), séparant le lac de Tunis de la mer; ayant réussi à y faire une brèche, il ordonna l'assaut; mais les Phéniciens repoussèrent facilement leurs ennemis.
Quelque temps après, le consul Manilius, à qui était resté le commandement, par suite du départ de Censorinus, tenta contre le camp d'Asdrubal, à Néphéris, une attaque qui se serait terminée par un véritable désastre pour lui, sans l'habileté et le dévouement de Scipion.
Ainsi se passèrent les premiers mois du siège, sans que les Romains pussent obtenir un seul avantage sérieux.
Mort de Massinissa.--Sur ces entrefaites, le vieux Massinissa, sentant sa mort prochaine, fit venir auprès de lui le jeune Scipion Emilien, tribun dans l'armée romaine, car il le désignait comme son exécuteur testamentaire. Scipion se mit en route pour Cirta, mais, à son arrivée, le prince numide venait de mourir (fin de 149). Cet homme remarquable laissait un grand nombre d'enfants, dont trois seulement furent désignés comme devant hériter du pouvoir. Ils se nommaient Micipsa, Gulussa et Manastabal. Le premier avait reçu de Massinissa l'anneau, signe du commandement. Une des dernières recommandations de leur père avait été de conserver la fidélité aux Romains.
Scipion, pour éviter tout froissement entre les frères, leur laissa le pouvoir, en conservant à tous trois le titre de roi. Micipsa eut cependant l'autorité principale avec Cirta comme résidence; Gulussa reçut le commandement des troupes et la direction des choses relatives à la guerre; enfin Manastabal fut chargé des affaires judiciaires. Tous les trésors restèrent en commun.
Après avoir pris ces sages dispositions, Scipion revint au camp, amenant avec lui Gulussa et une troupe de guerriers numides [66].