Coup d'oeil sur l'histoire de la Cyrénaique.--Cette province est léguée à Rome.--Nous avons jusqu'à présent négligé les faits de l'histoire de la Cyrénaïque, car ils ne se rattachaient pas directement à celle de la Berbérie. Nous avons dit [95] que Cyrène fut fondée par une colonie de Grecs Théréens, vers le viie siècle avant notre ère. Après avoir vécu plus d'un siècle heureuse et prospère sous l'autorité de ses rois de la famille de Battos, la colonie fut vaincue et soumise par les Perses (525). A la bataille de Platée, les Berbères libyens figurent parmi les troupes de Xerxès. Dans le cours du ve siècle une vaste révolte des indigènes rend la liberté à la Cyrénaïque. Le régime républicain y est proclamé [96]. Cyrène atteint alors une grande prospérité. Elle se rencontre à l'ouest avec Karthage, sa rivale; une guerre sanglante éclate entre les Grecs et les Karthaginois au sujet de la limite commune. La lutte se termine par un traité consacré par le dévouement des Philènes, deux frères Karthaginois, qui, selon la tradition, consentirent à être enterrés vivants pour agrandir, vers l'est, le domaine de leur patrie (350).

[Note 95: ][ (retour) ] Voir Fondation de Kyrène par les Grecs, ch. I.

[Note 96: ][ (retour) ] Diodore, Thucydide, Héraclide de Pont.

Lors du voyage d'Alexandre le Grand à l'oasis d'Ammon, les Cyrénéens lui envoyèrent des ambassadeurs chargés de lui offrir l'hommage de leur soumission et de lui remettre des présents consistant en chevaux et en chars. Sans se détourner de sa route, le grand conquérant accueillit cette démarche et admit les Cyrénéens parmi ses tributaires, ou peut-être simplement ses alliés, car le pays conserva son indépendance, jusqu'au jour où les Egyptiens, appelés par une faction vaincue à la suite d'une longue guerre civile, vinrent s'emparer du pays. Ptolémée le Lagide laissa à Cyrène un gouverneur et une garnison (322).

Quelque temps après, le Macédonien Oppellas, qui gouvernait la Cyrénaïque pour le compte du souverain d'Egypte, se déclara roi indépendant et, soutenu par ses amis de Grèce, acquit une grande puissance. C'est alors que, cédant aux instances d'Agathocle qui était venu porter la guerre en Afrique, il alla se joindre à lui pour combattre les Karthaginois. Nous avons vu [97] que le roi de Sicile le fit assassiner. A la suite de ces événements, Ptolémée voulut ressaisir la Cyrénaïque, mais il dut se porter au plus vite vers l'est, pour combattre ses mortels ennemis, Antigone et Démétrius, fils de celui-ci, qui avait épousé la veuve d'Oppellas. Ce ne fut qu'après avoir triomphé d'eux à la bataille d'Ipsus (301), qu'il put s'occuper de la soumission de la Cyrénaïque. Son beau-fils Magas accomplit cette mission et resta gouverneur du pays.

Ptolémée avait ramené de ses expéditions en Syrie un grand nombre de Juifs; il les expédia en Cyrénaïque et dans les autres villes de la Libye [98]. C'est ainsi que nous verrons, au xie siècle de notre ère, le kalife Fâtemide El Mostancer, lancer sur le Mag'reb les Arabes hilaliens qu'il a également ramenés de ses guerres de Syrie et dont il ne sait que faire.

A la mort de Ptolémée (285), Magas se déclara indépendant et, après avoir tenté de renverser du trône d'Egypte son frère utérin Ptolémée Philadelphe, conclut avec lui un traité d'alliance et donna à la Cyrénaïque des jours de calme et de prospérité. A sa mort, sa fille, la célèbre Bérénice, épousa le beau Démétrius, fils du Polyorcète, et partagea avec lui le trône de Cyrène. On connaît la fin tragique de Démétrius et le second mariage de Bérénice, avec Ptolémée Evergète [99]. Ainsi la Cyrénaïque fut encore une fois réunie à la couronne d'Egypte (247). Mais Bérénice n'oublia pas sa patrie: elle y fit exécuter de grands travaux et orna certaines villes avec magnificence. Son nom fut donné à la ville d'Hespéride (Ben-Ghazi).

[Note 97: ][ (retour) ] Chapitre I, p. 10.

[Note 98: ][ (retour) ] Josèphe.

[Note 99: ][ (retour) ] Justin, Hist., XXVI.