[Note 91: ][ (retour) ] Bell. Jug., XCIX, C.

A la suite de ces négociations, Sylla fut envoyé vers Bokkus avec une escorte de guerriers choisis et armés à la légère. Après cinq jours de marche, il rencontra Volux, fils du roi de Maurétanie, venu à sa rencontre pour lui faire escorte. Le même soir il faillit se jeter sur le camp de Jugurtha et n'échappa à ce danger que par son audace et son énergie. Enfin, la petite troupe atteignit le campement de Bokkus. Sylla fut fort surpris d'y trouver un envoyé de Jugurtha, qui l'y avait précédé et devant lequel il lui était difficile de traiter de l'extradition du prince numide. Néanmoins Sylla agit avec une telle habileté qu'il finit par triompher des irrésolutions de Bokkus et le décider à livrer son gendre. Un message fut envoyé à Jugurtha pour l'engager à venir traiter de la paix; mais le Numide était trop fin pour consentir à se livrer ainsi aux mains de ses ennemis et il exigea tout d'abord que Sylla lui fût remis en otage.

Pendant plusieurs jours Bokkus hésita encore pour savoir s'il livrerait Sylla à Jugurtha, ou Jugurtha à Sylla. Enfin, il se prononça pour le dernier parti. Après bien des négociations, il fut convenu que chacun se rendrait, sans armes, à un endroit désigné, afin d'arrêter les conditions de la paix. Jugurtha, vaincu par les assurances que lui prodigua son beau-père, se décida à venir au rendez-vous; mais, à peine était-on réuni, que des gardes, cachés aux environs, se jetèrent sur le prince numide et le livrèrent garrotté à Sylla [92]. Ainsi la trahison mit fin à cette guerre que le génie de Jugurtha aurait peut-être prolongée encore. Le premier janvier 104, Marius fit son entrée triomphale à Rome, précédé de Jugurtha en costume royal et couvert de chaînes; puis le vaincu fut jeté dans le cachot du Capitole, où il mourut misérablement.

[Note 92: ][ (retour) ] Salluste, Bell. Jug., CX.

La guerre de Jugurtha fut en résumé l'acte de résistance le plus sérieux des Berbères contre les Romains. Sans approuver les crimes du prince numide, on ne saurait trop admirer les ressources de son esprit et son indomptable énergie; et il faut reconnaître qu'avec lui tomba l'indépendance de son pays. Cette guerre nous montre le caractère des indigènes tel que nous le retrouverons à toutes les époques, qu'il s'agisse de soutenir Jugurtha, Tacfarinas, Firmus, Abou Yezid, Ibn R'ania ou Abd-el-Kader, c'est toujours chez eux la même ardeur à l'attaque, le même découragement après la défaite et la même ténacité à recommencer la lutte jusqu'à ce que la trahison vienne y mettre fin.

Partage de la Numidie.--Après la chute de Jugurtha, les Romains n'osèrent encore prendre possession de toute la Numidie. Ils attribuèrent à Bokkus, pour le récompenser de ses services, la Numidie occidentale, l'ancienne Masséssylie, s'étendant depuis la Molochath jusque vers le méridien de Saldæ. Le reste, la Numidie proprement dite, fut donné à Gauda, frère de Jugurtha, depuis longtemps au service de Rome, sauf toutefois une petite partie que l'on adjoignit à la province d'Afrique. Gauda, vieillard chargé d'années et faible de caractère, mourut peu de temps après son élévation au pouvoir. Les documents historiques font absolument défaut pour ce qui se rapporte à cette période. On sait seulement que la Numidie propre fut de nouveau partagée entre Hiemsal II, fils de Gauda, et Yarbas ou Hiertas, prince de la famille royale, peut-être également fils de ce dernier. Il est probable que Hiemsal II eut pour sa part la région orientale de la Numidie confinant à la province romaine et l'entourant au sud, et que Yarbas reçut la partie occidentale, s'étendant jusqu'à Saldæ, limite des possessions du roi de Maurétanie. Peut-être, comme le pense M. Poulle [93], un autre prince, du nom de Masintha, régnait-il déjà sur la province sitifienne.

Ces rois vassaux gouvernèrent sous la tutelle directe de Rome, exerçant un pouvoir qui n'avait en réalité d'autre but que de préparer, par une transition, l'asservissement du pays au peuple-roi.

Des traités furent conclus avec les tribus gétules indépendantes, qui furent comptées au nombre des alliés libres de Rome [94], premier pas vers la soumission.

[Note 93: ][ (retour) ] Maurétanie sétifienne (Annuaire de la Soc. arch. de Constantine, 1863).

[Note 94: ][ (retour) ] Mommsen, Hist. Rom., t. IV, p. 272.