[Note 85: ][ (retour) ] Poulle, Étude sur la Maurétanie Sétifienne (Recueil de la Soc. arch. de Constantine, 1863, p. 54).
[Note 86: ][ (retour) ] Gafça, dans le Djerid tunisien.
Marius, voulant à tout prix sortir de cette situation, dans laquelle il ne faisait, pour ainsi dire, aucun progrès, se porta, par une marche audacieuse, sur Capsa, quartier général de son ennemi, enleva cette place, brûla et dévasta les villes voisines qui soutenaient Jugurtha et força ce prince à évacuer le pays et à se jeter dans l'Ouest. C'était ce qu'il cherchait car son plan était de reporter la campagne à l'Occident, en conservant Cirta comme base d'opérations. Marius vint donc relancer son ennemi dans les contrées de l'Ouest, et mena avec habileté et succès cette campagne dans le Zab et le Hodna, et les montagnes qui bordent ces plaines au nord et à l'ouest [87]. Il réussit même à s'emparer d'une forteresse établie sur un rocher presque inaccessible, une de ces kalâa que les Berbères savaient placer sur des pitons escarpés, où le prince numide avait caché ses derniers trésors.
Cette habile tactique du général romain enlevait à Jugurtha tous ses avantages. Le prince numide adressa alors un appel désespéré à Bokkus, lui promit le tiers de la Numidie en récompense de ses services et le décida enfin à agir. Les deux rois, ayant opéré en secret leur jonction, fondirent à l'improviste à la tête de masses considérables [88] sur les troupes romaines. Surpris par l'impétuosité de l'attaque, Marius, secondé par Sylla, qui lui a amené un corps de cavalerie, prend d'habiles dispositions lui permettant de résister; on combat jusqu'au soir sans résultat. Les Berbères entourent les Romains et passent toute la nuit à chanter et à danser devant leurs feux, se croyant sûrs de la victoire. Mais, au point du jour, les Romains se jettent sur les Gétules et sur les Maures, qui viennent de céder à la fatigue, en font un carnage horrible et mettent en fuite les survivants [89].
[Note 87: ][ (retour) ] D'après Salluste, il se serait avancé jusqu'au Molochath; mais nous considérons cette marche comme impossible et nous nous rangeons à l'opinion de M. Poulle qui a discuté avec autorité cette question dans son excellent travail sur la Maurétanie sétifienne (Annuaire du la Société archéologique, 1863, pp. 40 et suiv). Quant à l'opinion de M. Rinn (Revue Africaine, n° 171), tendant à placer le Molochath à l'est de Cirta, il nous est impossible de l'admettre. M. Tauxier (Revue Africaine, n° 174), propose d'identifier la Macta au Mulucha (ou Molochath).
[Note 88: ][ (retour) ] 60,000 hommes, selon Paul Orose.
[Note 89: ][ (retour) ] Salluste, Bell. Jug., XCV, XCVI. M. Poulle, dans l'article précité, place le théâtre de ces combats aux environs d'El Anasser et de l'Ouad Gaamour, à l'O. de Sétif.
Après cette victoire, Marius conduisit habilement son armée vers Cirta pour lui faire prendre ses quartiers d'hiver, à l'abri de cette place. En chemin, il fut de nouveau attaqué par les rois indigènes, qui avaient rallié les fuyards et divisé leurs troupes en quatre corps. Le courage de Marius et de Sylla, la prudence et l'habileté du général dans son ordre de marche, sauvèrent encore l'armée romaine, qui dut, selon Paul Orose, lutter pendant trois jours avec acharnement [90].
[Note 90: ][ (retour) ] Hist., 1. V, cap. 15.
Chute de Jugurtha.--Ces défaites successives avaient suffi pour dégoûter Bokkus de la guerre. Cinq jours après le dernier combat arrivèrent à Cirta les envoyés du roi de Maurétanie, chargés de proposer la paix. Les malheureux parlementaires, qui avaient suivi la route du désert, sans doute pour éviter les partisans de Jugurtha, avaient été entièrement dépouillés par des pillards Gétules, et se présentèrent nus et pleins de terreur [91]. Néanmoins, leurs propositions ayant été acceptées en principe, on les fit partir pour Rome, afin qu'ils fournissent devant le sénat les justifications de leur maître.