Ainsi finit cette première campagne. De grands résultats avaient été obtenus, puisque l'armée romaine avait vu fuir devant elle le roi numide, et cependant aucune conquête n'était conservée. Rentré dans la province d'Afrique pour prendre ses quartiers d'hiver, Métellas songea à obtenir le succès par d'autres moyens. Il parvint à détacher secrètement Bomilcar du parti de Jugurtha, en lui promettant sa succession s'il parvenait à le livrer entre ses mains. Bomilcar poussa donc le roi à abandonner une lutte dont l'issue ne pouvait que lui être fatale et l'amena à entrer en pourparlers avec Métellus. Les bases d'un traité furent arrêtées; déjà une partie des clauses était exécutée par le versement d'une somme considérable et la remise d'éléphants, de transfuges, d'armes, etc., lorsque Jugurtha, mis en défiance par l'insistance avec laquelle on l'invitait à se rendre au camp romain, éventa le piège dans lequel il avait failli tomber et s'éloigna au plus vite [82].

[Note 82: ][ (retour) ] Salluste, Bell. Jug., LXVIII.

Deuxième campagne de Métellus.--Il fallait donc recourir de nouveau au sort des armes. Métellus alla d'abord s'emparer de Vacca (Badja), qui s'était révoltée après son départ, et avait massacré sa garnison romaine; il fit subir à cette ville un châtiment exemplaire. Sur ces entrefaites, Jugurtha, ayant découvert la trahison de Bomilcar, le condamna à expirer dans les tourments.

Au printemps de l'année 107, Métellus reprit méthodiquement la campagne et envahit la Numidie. Jugurtha, après avoir sans cesse reculé devant lui, se décide à lui offrir le combat, mais les Berbères ne tiennent pas et fuient lâchement devant les légionnaires. Cirta ouvre alors ses portes à Métellus, tandis que Jugurtha se réfugie dans le sud; de là, le prince berbère revient dans le Tel et va se retrancher, avec sa famille et ses trésors, dans une localité fortifiée nommée Thala [83]. Métellus l'y poursuit, mais Jugurtha s'échappe et va chercher la sécurité chez les Gétules, pendant que les Romains font le siège régulier de la place. Après quarante jours d'efforts, Thala est forcée, mais les défenseurs ne livrent aux Romains que des ruines fumantes.

Pendant que Métellus était devant Thala, il reçut une députation de la colonie phénicienne de Leptis (parva) [84], venant lui demander protection contre les attaques des Berbères. Quatre cohortes de Liguriens allèrent prendre possession de cette localité au nom de Rome.

[Note 83: ][ (retour) ] Ce nom veut dire source en berbère; il est commun à une foule de localités et il est bien difficile, malgré toutes les recherches de MM. Marcus, Dureau de la Malle, Guérin, etc., d'indiquer d'une manière précise la situation de cette ville, qui devait se trouver soit dans l'Aourès, soit vers la limite actuelle de la Tunisie.

[Note 84: ][ (retour) ] Actuellement Lamta, près de Monastir, en Tunisie.

Quant à Jugurtha, il mit à profit son séjour parmi les Gétules pour les gagner à sa cause, en faisant luire à leurs yeux l'appât du butin. Tout en s'appliquant à former ces sauvages à la discipline, il envoya à son beau-père, Bokkus, des émissaires, pour l'amener à lui fournir son appui. Le roi de Maurétanie avait, dès le début de la guerre, adressé des protestations de dévouement aux Romains, et était peu disposé à entrer en lutte contre eux; mais Jugurtha, ayant obtenu de lui une entrevue, agit avec tant d'habileté sur son esprit, en lui représentant que les Romains n'avaient d'autre but que de conquérir la Maurétanie, après avoir pris la Numidie, qu'il lui arracha son adhésion. Bientôt les alliés se mirent en marche directement sur Cirta.

Prévenu de la ligue des deux rois, Métellus vint se placer dans un camp solidement retranché, en avant de la capitale de la Numidie, afin de couvrir cette contrée. Sur ces entrefaites, on apprit que Marius, alors à Rome, venait d'être élevé au consulat par le peuple; que la mission de terminer la guerre de Jugurtha lui avait été confiée et qu'il allait arriver avec des renforts et de l'argent. Sans attendre son ancien lieutenant, Métellus rentra en Italie (107).

Marius prend la direction des opérations.--Débarqué à Utique, Marius fut bientôt sur le théâtre de la guerre. Il amenait avec lui des renforts qui, ajoutés aux troupes déjà en campagne, devaient porter l'effectif des forces romaines à environ 50,000 hommes [85]. Le mouvement offensif des rois berbères avait été arrêté par les mesures de Métellus. Bokkus avait en outre été travaillé par lui, de sorte que Jugurtha savait bien qu'il ne pouvait pas compter sur son beau-père pour une action sérieuse. Le roi numide ne se hasardait plus aux batailles rangées; à la tête des cavaliers gétules, il poussait des pointes hardies, jusqu'aux portes du camp de ses ennemis, pillait les populations soumises et regagnait les régions éloignées avant qu'on ait eu le temps de le combattre. Il avait déposé ses trésors à Capsa [86] et tenait toute la ligne du désert. Quant à Bokkus, il restait dans une prudente expectative.