Défaite des partisans de Marius en Afrique. Mort de Yarbas.--La province africaine devint le refuge des partisans de Marius. Le préteur Hadrianus en avait expulsé Métellus et Crassus, qui essayaient en vain de rallier ce pays au parti des Optimates. Pour augmenter ses forces, Hadrianus voulut affranchir les esclaves; mais les marchands d'Utique se révoltèrent en masse et brûlèrent le préteur dans sa maison. Cependant l'Afrique resta fidèle au parti Marianien. Domitius Ahénobarbus, gendre de Cinna, y organisa la résistance. Un camp fut formé près d'Utique et bientôt, grâce aux renforts fournis par Yarbas, une vingtaine de mille hommes s'y trouvèrent réunis.
Mais Sylla, sans laisser à ses ennemis le temps de se reformer, chargea Cnéius Pompée d'une expédition en Afrique. Il lui confia à cet effet six légions qui partirent sur une flotte de cent vingt galères, suivies d'un grand nombre de bateaux de transport.
Débarqué heureusement en Afrique, le général romain marcha contre ses ennemis, qui l'attendaient dans une forte position, les attaqua en profitant du désordre causé par un orage, les défit, et enleva leur camp, avec leurs bagages et les éléphants du roi numide. D. Ahénobarbus tomba en combattant; quant à ses soldats, il en fut fait un grand carnage, puisque trois mille, seulement, d'entre eux purent s'échapper.
Yarbas avait pris la fuite avec les débris de ses Numides et tâchait de gagner sa retraite, lorsqu'il se heurta contre un corps de cavaliers maures, envoyés par le roi Bogud, fils de Bokkus, au secours de Pompée. Gauda fils de Bogud, commandant de cette colonne, contraignit Yarbas à se réfugier derrière les remparts de Bulla-Regia [101], sa capitale.
Pompée, qui avait envahi la Numidie, empêcha les Berbères de porter secours à leur roi. Forcé de se rendre à Gauda, Yarbas fut mis à mort. Hiemsal rentra ainsi en possession de son royaume et reçut, comme récompense de sa fidélité à Sylla, le territoire du vaincu [102] (81). Ces luttes avaient duré sept ans. Vers la même époque Bokkus, roi de Maurétanie, ayant cessé de vivre, son empire avait été partagé entre ses deux fils: Bokkus II, qui obtint la partie orientale, avec Yol pour capitale, et Bogud, à qui échut la partie occidentale, avec Tingis. Ce dernier avait fourni son appui à Pompée pour écraser Yarbas.
[Note 101: ][ (retour) ] Sur un affluent de la Medjerda, en Tunisie.
[Note 102: ][ (retour) ] Florus, Hist. Rom.
Expéditions de Sertorius en Maurétanie.--Tandis que la Numidie était le théâtre de ces guerres, Sertorius était chassé de l'Espagne par Annius, lieutenant de Sylla. Forcé de prendre la mer, il s'adjoignit à des pirates ciliciens et vint tenter un débarquement sur les côtes de la Maurétanie. Mais il fut reçu les armes à la main par les farouches montagnards de l'ouest et parvint, non sans peine, à se rembarquer. Il alla chercher un refuge dans les îles Fortunées (Canaries) et, de là, attendit une occasion plus favorable d'intervenir. Cette occasion ne tarda pas à se présenter. Un certain Ascalis, soutenu par une partie des corsaires ciliciens dont nous avons parlé, s'était mis en état de révolte contre le souverain maurétanien et s'était emparé de Tanger.
Sertorius débarqua de nouveau en Afrique avec ses soldats, et vint mettre le siège devant Tanger. Un corps de troupes romaines, sous le commandement de Paccianus (ou Pacciæcus), ayant été envoyé par Sylla au secours d'Ascalis, Sertorius lui offrit le combat, avant qu'il eût opéré sa jonction avec ce dernier, le défit et tua Paccianus; puis il enleva d'assaut Tanger et fit prisonnier le prétendant et sa famille (82). Encouragé par ce succès et appelé par les Lusitaniens, Sertorius réunit ses guerriers au nombre d'environ deux mille hommes, auxquels s'adjoignirent sept cents Berbères. Etant passé en Espagne, il reçut dans son armée le contingent des Lusitaniens et marcha contre les Romains. On sait qu'il se rendit bientôt maître de toute l'Espagne (78) et que sa puissance fut assez grande pour que Mithridate lui proposât une alliance; on sait aussi qu'il fallut toute la science et les efforts combinés de Métellus et de Pompée pour triompher de ce chef de partisans (72). Ce fait prouve que les incursions des Berbères de l'ouest en Espagne datent de loin.
Les pirates africains chatiés par Pompée.--Nous avons vu plus haut des pirates s'associer à Sertorius pour faire une expédition en Maurusie. La Méditerranée était alors infestée par ces écumeurs de mer, précurseurs des corsaires barbaresques, à l'industrie desquels la conquête de l'Algérie par la France a mis fin. Le littoral des Syrtes et de la Cyrénaïque était un des repaires de ces brigands qui enlevaient toute sécurité à la navigation. Les Nasamons se faisaient remarquer parmi eux par leur hardiesse. Des mercenaires et des officiers licenciés, des proscrits, épaves de toutes les guerres civiles, des brigands de toutes les nations complétaient les équipages. Plusieurs expéditions avaient déjà été entreprises contre eux; mais les leçons qu'on leur avait infligées n'avaient eu, pour ainsi dire, aucun résultat. Leur audace ne connaissait pas de bornes: «l'or, la pourpre, les tapis précieux décoraient leurs navires; quelques-uns avaient des rames argentées, et chaque prise était suivie de longues orgies au son des instruments de musique [103]». Ils possédaient, dit-on, plus de trois mille navires avec lesquels ils entreprenaient de véritables expéditions et interceptaient souvent les convois de grains venant non seulement de l'Afrique, mais de la Sicile et de la Sardaigne. Les corsaires formaient un véritable état qui avait déclaré la guerre au reste du monde. Ils avaient établi des règles d'obéissance et de hiérarchie auxquelles tous se soumettaient; quant à leurs prises, ils les considéraient comme du butin légitimement conquis par la guerre.