[Note 103: ][ (retour) ] Duruy, Hist. des Romains, t. II, p. 779.
En 67 Pompée, chargé par décret de mettre fin à cette situation insupportable, et ayant reçu à cet effet des forces considérables, divisa sa flotte en treize escadres, nettoya en quarante jours les rivages de l'Espagne et de l'Italie, accula les pirates dans la Méditerranée orientale, détruisit tous leurs navires, et força à la soumission ceux qui n'avaient pas péri.
En 59, lors du premier triumvirat, Pompée obtint dans son lot l'Afrique; il fit administrer cette province par des lieutenants et conserva des relations amicales avec le prince de Numidie, qui lui devait tout [104].
[Note 104: ][ (retour) ] Boissière, p. 169.
Juba I, successeur de Hiemsal II. Il se prononce pour le parti de Pompée.--Après les événements qui avaient rendu à Hiemsal II son royaume, augmenté de celui de Yarbas, ce prince régna tranquillement pendant de longues années, aidé dans l'exercice du pouvoir, par son fils Juba, sous le protectorat de Rome. A la suite d'une contestation survenue avec un chef berbère du nom de Masintha, le même qui, ainsi que nous l'avons dit [105], gouvernait sans doute la Numidie occidentale, voisine de la Maurétanie, les princes africains vinrent soumettre leur procès au Sénat. Juba, représentant son père, obtint gain de cause malgré l'opposition de César qui, d'après Suétone, serait allé, dans son ardeur à défendre Masintha, jusqu'à saisir par la barbe son adversaire. Juba garda un âpre ressentiment de cette violence et profita de son séjour à Rome pour resserrer les liens qui unissaient son père au parti pompéien.
[Note 105: ][ (retour) ] D'après M. Poulle, loc. cit.
En l'an 50 Hiemsal cessa de vivre. Son fils Juba lui succéda. C'était un homme d'un courage et d'une hardiesse remarquables; ses rapports avec les Romains l'avaient initié aux raffinements de la civilisation; mais son goût pour les choses de la guerre l'avait empêché de tomber dans la mollesse. Persuadé qu'il était appelé à jouer un grand rôle dans la querelle qui divisait alors le peuple romain, son premier soin, en prenant le pouvoir, fut d'organiser ses forces, non seulement au moyen de ses guerriers numides, mais encore en attirant à lui des aventuriers de toute race, qui, profitant de l'anarchie générale, s'étaient réunis en bandes et guerroyaient pour leur compte sur divers points. Ainsi préparé, il attendit, au cœur de son royaume, que le moment d'agir fût arrivé.
Défaite de Curion et des Césariens par Juba.--L'occasion ne tarda pas à se présenter. Après que César eut enlevé l'Italie aux Pompéiens, Attius Varus, lieutenant de Pompée, se réfugia avec quelques forces en Afrique, y proclama l'autorité de son maître et se mit en relations avec Juba. Curion, ennemi personnel de ce dernier, dont il avait proposé au Sénat la dépossession, fut dépêché par César pour réduire le rebelle et son allié numide, déclaré ennemi public. Après quelques opérations dans lesquelles il eut l'avantage, il contraignit Varus à se réfugier à Utique et commença le siège de cette ville. La situation des Pompéiens devenait critique, lorsque Juba accourut à leur secours, à la tête d'une puissante armée, ce qui contraignit Curion à lever le siège et à chercher lui-même un refuge derrière les retranchements du camp Cornélien [106], où rien ne lui manquait. Il aurait pu résister avec succès aux forces combinées de ses ennemis; mais ceux-ci employèrent la ruse pour l'en faire sortir et leur stratagène réussit. Ils répandirent le bruit que Juba, rappelé dans son royaume par une révolte subite, avait emmené la plus grande partie de ses forces, en laissant le reste sous le commandement de son général Sabura. Pour donner plus de sérieux à cette feinte, le roi numide se tint en arrière avec le gros de son armée et ses éléphants et fit avancer Sabura suivi de peu de monde.
[Note 106: ][ (retour) ] Les vestiges de ce camp se voient encore à Porto Farina.
Aussitôt Curion sortit du camp avec une partie de ses gens et se porta sur la Medjerda (Bagradas), où il ne tarda pas à rencontrer l'avant-garde numide. Les prisonniers confirmant les précédents rapports, à savoir qu'il n'avait devant lui que Sabura, le général romain se lança imprudemment à la poursuite des guerriers indigènes qui, tantôt combattant, tantôt fuyant, l'attirèrent dans un terrain choisi, à portée des renforts de Juba. Les Césariens, harassés de fatigue, débandés, négligeant leurs précautions habituelles, car ils se croyaient sûrs de la victoire, se virent tout à coup entourés par de nouveaux et innombrables ennemis, parmi lesquels deux mille cavaliers espagnols et gaulois de la garde de Juba. Il ne leur restait qu'à vendre chèrement leur vie. Enflammés par l'exemple de Curion, qui refusa de fuir, ils combattirent avec la plus grande bravoure et furent tous exterminés. La tête du général romain fut apportée au prince berbère.