[Note 115: ][ (retour) ] Cf. Hirtius.
Cédant enfin à des instances de plus en plus pressantes ou peut-être à des promesses précises, Juba laissa le commandement des opérations contre Sittius à son lieutenant Sabura, se porta vers l'est et établit son camp en arrière de celui de Scipion. Les soldats de César, effrayés de l'approche du prince numide dont la renommée avait considérablement exagéré les forces, furent surpris de constater que son armée n'était pas aussi puissante qu'on l'annonçait. Le dictateur, qui venait de recevoir du renfort, profita habilement de cette impression pour prendre l'offensive et attaquer Thapsus, ville construite sur une sorte de presqu'île. Par son ordre, l'isthme qui reliait cette ville à la terre fut coupé et toute communication se trouva interrompue entre les assiégés et les Pompéiens.
Déjà les Césariens avaient remporté quelques avantages sur terre et sur mer et repris confiance, d'autant plus que les rangs de leurs ennemis s'éclaircissaient par la désertion. La désaffection des populations s'accentuait chaque jour, et Juba, pour faire un exemple, était allé détruire la ville de Vacca (Badja), dont les habitants avaient offert leur soumission à César. Scipion ne pouvant plus persister dans son inaction, se porta au secours de Thapsus où il fut rejoint par Juba. Bientôt César, qui avait pris toutes ses dispositions pour l'offensive, fit attaquer ses ennemis coalisés. Les Césariens déployèrent la plus grande bravoure et forcèrent les Pompéiens à reculer. Les éléphants affolés contribuèrent au désordre et empêchèrent la cavalerie numide de donner. Le camp des Pompéiens et celui de Juba tombèrent successivement aux mains des vainqueurs. Quant à l'armée coalisée, naguère si nombreuse et si puissante, elle fuyait en désordre dans toutes les directions. Les Césariens firent des vaincus un carnage horrible: dix mille cadavres restèrent sur le champ de bataille.
Cette belle victoire assurait le succès de César. Les villes environnantes, Hadrumète, Thysdrus, qui étaient déjà pour lui, s'empressèrent de se rendre à ses officiers pendant que sa cavalerie marchait sur Utique. Caton essaya d'y organiser la résistance, mais, on l'a vu, les habitants de cette ville étaient pour César; aussi n'eut-il bientôt d'autre ressource pour échapper au vainqueur que de se donner la mort (avril 46).
Mort de Juba; la Numidie orientale est réduite en province romaine.--Après la bataille de Thapsus, les chefs pompéiens qui échappèrent au fer du vainqueur prirent la route de l'ouest pour tâcher d'atteindre l'Espagne. Mais Sittius, qui les attendait au passage, en arrêta un grand nombre et coula leurs vaisseaux dans le port d'Hippone [116]. Scipion, repoussé en Afrique par la tempête, se perça de son épée.
[Note 116: ][ (retour) ] Florus, Hist. Rom.
Quant à Juba, échappé de la mêlée, il évita la poursuite des vainqueurs; en se cachant le jour et ne marchant que la nuit, il parvint à atteindre sa capitale Zama regia, où il avait laissé sa famille et où il espérait trouver un refuge. Mais les habitants, effrayés par les préparatifs de destruction générale qu'il avait faits avant son départ, en prévision d'une défaite possible, refusèrent de lui ouvrir les portes de leur cité: ni les prières ni les menaces ne purent les fléchir, et ils ne voulurent même pas laisser sortir la famille de leur roi. Il fallait, pour agir ainsi, qu'ils jugeassent sa cause bien compromise. Elle l'était en effet, car Sittius avait vaincu et tué Sabura; le roi berbère n'avait plus un asile.
Juba se décida alors à se retirer à sa maison de campagne avec le pompéien Pétréius et quelques serviteurs fidèles. Les Césariens, appelés par les gens de Zama, accouraient, et il ne restait au prince vaincu qu'à mourir. Il fit préparer un festin qu'il partagea avec Pétréius, puis tous deux engagèrent un combat singulier où ils devaient périr l'un et l'autre. Mais là encore la fortune fut contraire au prince numide: il triompha de Pétréius, sans avoir reçu de blessure mortelle et en fut réduit à se plonger lui-même son glaive dans le corps; enfin, comme la mort n'arrivait pas, il se fit achever par un esclave.
Ainsi finit le dernier roi de Numidie.
La partie orientale de ce royaume fut réduite en province romaine (46) sous le nom de Nouvelle Numidie ou d'Africa nova. César plaça Salluste à sa tête, avec le titre de proconsul. S'il faut s'en rapporter au témoignage de Dion Cassius et de Florus, l'historien de la guerre de Jugurtha, dans son court passage en Numidie, s'y rendit coupable de telles exactions qu'il fut traduit en justice et couvert de honte et d'infamie (Dion).