[Note 110: ][ (retour) ] Lemta, au sud du golfe de Hammamet, selon le même.
Bientôt arriva Labiénus à la tête d'une armée de huit mille hommes, comprenant un grand nombre de cavaliers numides. César leur offrit aussitôt le combat, et, grâce à une liabile tactique, parvint à repousser ses ennemis. Malgré ce succès, sa situation était des plus critiques: Scipion arrivait avec huit légions et de nombreux cavaliers; il n'était plus qu'à trois journées, et derrière lui s'avançait le gros de l'armée de Juba, commandée par le prince berbère en personne. Bloqué, manquant de tout, César déploya, dans cette conjoncture critique, les ressources de son génie: construisant des machines de guerre, démolissant des galères pour avoir le bois nécessaire aux palissades, enfin nourrissant ses chevaux au moyen d'algues marines lavées dans l'eau douce. Heureusement Salluste, alors préteur, parvint à surprendre l'île de Kerkinna, où avaient été entassées de nombreuses provisions qui assurèrent le salut des Césariens.
Diversion de Sittius et des rois de Maurétanie.--Sur ces entrefaites, un certain P. Sittius, chef d'une bande d'aventuriers, avec lequel César était en pourparlers depuis quelque temps, se joignit aux troupes de Bogud, roi de la Maurétanie orientale, et envahit la Numidie par l'ouest. Ce Sittius, Italien d'origine, compromis dans la conspiration de Catilina, et qui déjà, en 48, avait aidé Cassius, lieutenant de César, à écraser Marcellus en Espagne, avait réuni en Afrique une véritable armée de malandrins de tous les pays avec lesquels il se mettait au service de quiconque le payait convenablement [111]. Homme énergique et d'une grande audace, son appui, surtout après sa jonction avec les troupes de Maurétanie, allait être d'un grand prix pour César.
Marchant résolument sur Cirta, Sittius parvint sans empêchement sous les remparts de cette ville, l'enleva après un siège de peu de jours [112] et se rendit maître d'une autre place forte dont on ignore le nom, où se trouvaient les magasins d'armes et de vivres de Juba. Appuyé sur cette forteresse, il rayonna dans tous les sens, menaçant les villes et les campagnes de la Numidie.
A la réception de ces graves nouvelles, Juba dut faire rétrograder une partie de son armée pour s'opposer aux entreprises des envahisseurs et couvrir sa capitale. Mais bientôt un autre sujet d'inquiétude le força à porter ses regards vers le sud. Les Gétules, travaillés par les émissaires de César, s'étaient lancés sur sa frontière méridionale. Il fallut donc distraire encore de nouveaux soldats pour contenir les nomades sahariens. Ainsi Juba, menacé sur ses derrières et sur son flanc, fut contraint de suspendre son mouvement et de changer ses plans. Il n'est pas douteux que ces diversions assurèrent le salut de César.
[Note 111: ][ (retour) ] Appien, De bell. civ., lib. IV, cap. 54. Salluste, Catil., c. 21.
[Note 112: ][ (retour) ] Hirtius, De bell. afr.
Bataille de Thapsus, défaite des Pompéiens.--Cependant César, après s'être solidement établi dans ses retranchements, avait cherché à s'étendre sur le littoral, ayant en face de lui Scipion, appuyé sur Hadrumète, Thapsus [113] et Thysdruss [114]. Ce général restait, depuis deux mois, dans une inaction incompréhensible, appelant sans cesse Juba à son secours; mais le prince berbère avait d'autres soucis, ainsi qu'on l'a vu. Peut-être aussi ne se souciait-il pas trop de débarrasser les Pompéiens de leur ennemi et n'était-il pas fâché de les laisser à la merci de César, pour arriver ensuite, écraser celui-ci et rester maître du pays [115].
[Note 113: ][ (retour) ] Ras Dimas, au sud du golfe de Hammamet.
[Note 114: ][ (retour) ] El Djem.