Vers le même temps, Antoine, entièrement subjugué par les charmes de Cléopâtre, lui rendait la Cyrénaïque, et pour la dernière fois cette province était rattachée à l'empire d'Egypte. Mais trois ans plus tard (en 33), il se déclarait publiquement son époux et partageait ses provinces entre les enfants de sa femme. C'est ainsi que la jeune Cléopâtre Séléné, dont nous aurons bientôt à parler, reçut en dot la Cyrénaïque.

La longue rivalité d'Antoine et d'Octave se terminait, le 2 septembre 31, par la bataille d'Actium. Après sa défaite, le triumvir songea à s'appuyer sur les quatre légions qu'il avait laissées en Cyrénaïque à son lieutenant Scaurus; mais celui-ci les avait livrées, ainsi que le pays qu'il était chargé de défendre, à Gallus, officier d'Octavien. En vain Antoine essaya-t-il, à Parœtonium, de rappeler ses soldats à la fidélité; sa voix ne fut pas écoutée et, perdant tout espoir, il alla chercher auprès de Cléopâtre un trépas misérable.

Ainsi toute l'Afrique se trouva soumise à l'autorité d'Octave.

Organisation de l'Afrique par Auguste.--Octave avait conservé sous son autorité directe les Maurétanies depuis la mort de Bokkus et tenté d'y implanter une colonisation latine, pour amener insensiblement les indigènes à se façonner aux lois et aux usages des Romains et les préparer à accepter sans mécontentement leur réunion définitive à l'empire [123].

Après la mort d'Antoine et de Cléopâtre, leurs enfants furent recueillis par Octave qui les traita avec les plus grands égards. Parmi eux se trouvait la jeune Cléopâtre Séléné; il la donna en mariage au fils de Juba, qui venait de combattre pour lui à Actium, et confia à celui-ci le gouvernement de l'Egypte [124].

[Note 123: ][ (retour) ] Poulle, Maurétanie, p. 102.

[Note 124: ][ (retour) ] La date de cette nomination est incertaine.

Resté maître incontesté du pouvoir, Octave s'était sérieusement occupé de l'organisation des provinces. Dans les dernières années de la république, elles étaient au nombre de quatorze, gouvernées soit par des préteurs, soit par des consulaires. Le 13 janvier de l'an 27, au moment où il constituait le régime impérial, Auguste maintint cette division: les provinces paisibles et depuis longtemps conquises, où peu de forces étaient nécessaires, furent appelées sénatoriales ou proconsulaires; les autres, où stationnèrent particulièrement les légions, furent dites prétoriennes ou de l'empereur, général en chef des armées [125]. L'Afrique, avec la Numidie, la Cyrénaïque avec la Crète, furent classées parmi les provinces sénatoriales; mais ces divisions changèrent selon les circonstances.

La IIIe légion (Augusta) fut chargée de tenir garnison en Afrique. Auguste plaça son quartier permanent à Theveste (Tebessa), au pied oriental de l'Aourès, à cheval sur les routes de la province de Karthage, de la Numidie et de la région des oasis et de la Tripolitaine. Elle protégeait aussi le pays colonisé contre les invasions des Gétules.

[Note 125: ][ (retour) ] Hist. des Romains par Duruy, t. IV, p. 2.