Juba II, roi de Numidie.--Vers le même temps, c'est-à-dire entre l'an 29 et l'an 25, Auguste plaça Juba II à la tête de la Numidie, non comme un simple gouverneur, mais comme roi vassal [126]. C'était une nouvelle application de son système qui consistait à chercher à se rallier les indigènes en les amenant à l'assimilation; il pensait ne pouvoir trouver un meilleur intermédiaire qu'un compatriote parfaitement romanisé.
Nous avons vu qu'après la mort de son père, le jeune Juba avait été élevé à Rome avec le plus grand soin, sous l'œil de César. Les maîtres les plus célèbres de la Grèce et de l'Italie l'initièrent à toutes les connaissances de l'époque et firent de ce jeune Berbère un savant et un raffiné [127]. C'était, au dire de Plutarque, un homme beau et gracieux [128]. Ces dons naturels, rehaussés par la culture, lui gagnèrent l'amitié d'Auguste et d'Octavie et firent sa fortune. Hâtons-nous de dire qu'il ne trompa pas l'espoir qu'on avait placé en lui et que, s'il n'amena pas, comme ses protecteurs avaient pu l'espérer, les indigènes à l'assimilation, c'est que la tâche était beaucoup trop difficile et ne pouvait être l'œuvre d'un homme.
[Note 126: ][ (retour) ] De la Blanchère: De rege Juba, regis Jubæ filio, Paris 1883.
[Note 127: ][ (retour) ] Dion Cassius, 1. LI, ch. xv.
[Note 128: ][ (retour) ] Auton, c. VII.
Il est assez difficile de dire quelle fut l'action du roi indigène sur le territoire de la colonie des Sittiens. Il est probable que, tout en exerçant sur lui son autorité gouvernementale, il lui laissa ses franchises communales et n'administra, à proprement parler, que la partie orientale de la Numidie, cette Africa nova que César avait érigée en province après sa victoire.
Que se passa-t-il en Numidie pendant les années qui suivirent l'élévation de Juba? Les auteurs sont muets sur ce point, et nous en sommes réduits à supposer que son règne fut tranquille. La nouvelle fonction qu'Auguste va confier au prince numide semble indiquer que son administration avait été paisible et heureuse.
Juba, roi de Maurétanie.--Nous avons vu qu'après la mort de Bokkus le trône de Maurétanie était demeuré vacant. En l'an 17 [129], Auguste, renonçant à l'administration directe qu'il exerçait sur cette vaste contrée, retira Juba II de la Numidie et lui confia la souveraineté des deux Maurétanies. Le prince numide vint régner, non sans éclat, à Yol sur un vaste territoire s'étendant de Sitifis, ou peut-être de Saldæ [130] jusqu'à l'Atlantique, et de la mer jusqu'au désert, c'est-à-dire en englobant une partie des tribus gétules.
Les deux Afriques ne formèrent qu'une seule province sous les ordres d'un gouverneur nommé par le Sénat. La IIIe légion (Augusta) y fut maintenue comme corps permanent d'occupation.
Dans sa nouvelle capitale, à laquelle il donna le nom de Césarée, pour complaire à son protecteur, Juba put s'adonner tout entier à ses chères études. On le comparait aux Grecs les plus instruits et sa renommée s'étendit jusqu'en Grèce: Athènes, selon le dire de Pausanias, lui aurait élevé une statue [131]. Il composa un grand nombre d'ouvrages d'histoire, de géographie, de botanique, etc.