[Note 140: ][ (retour) ] Près de Lambèse, selon le même auteur.
Mais le nouveau proconsul L. Apronius, ayant pris la direction des opérations, l'attaque avec vigueur, le bat dans toutes les rencontres et le force à prendre encore la route du sud (20).
Bien que les honneurs du triomphe eussent été accordés à Apronius, il faut croire que ses succès n'avaient pas été bien décisifs, puisque, peu de temps après, Tacfarinas poussa l'audace jusqu'à proposer à Tibère un traité de paix, à la condition qu'on lui donnât des terres. Pour toute réponse, l'empereur nomma en l'an 21 Blæsus, proconsul d'Afrique, et, lui ayant fourni d'importants renforts (une partie de la IXe légion), le chargea d'anéantir la puissance du chef indigène. Ce fut, avec la plus grande habileté et une parfaite notion de cette sorte de guerre, que le général romain mena la campagne: ses forces, s'appuyant sur des postes fortifiés, furent divisées en plusieurs corps qui, durant un an, poursuivirent les rebelles sans relâche ni trêve. Battu chaque fois qu'il était rejoint, Tacfarinas dut encore s'enfoncer dans les profondeurs du désert, son refuge habituel. Il ne lui restait ni adhérents ni ressources d'aucune sorte, et l'on put à bon droit considérer la guerre comme finie. Tibère s'empressa de faire rentrer en Italie une partie des troupes (22). Blæsus reçut le titre d'imperator.
Mais Tacfarinas n'était pas homme à se laisser abattre ainsi. La mort du roi Juba lui fournit, sur ces entrefaites, un nouveau motif pour intriguer chez les indigènes et soulever les tribus de l'ouest. Soutenu par les Garamantes et par une foule d'aventuriers, encouragé par le départ de la IXe légion, il se lança de nouveau sur le Tel et se heurta au proconsul Dolabella, successeur de Blæsus. Profitant du petit nombre de ses ennemis, il glissa entre leurs cohortes et vint audacieusement mettre le siège devant Tubusuptus (Tiklat) dans la vallée du Sahel.
Dolabella, dans cette conjoncture, voulant éviter que les tribus de l'ouest et du sud (Musulames et Gétules) ne vinssent se joindre au rebelle, les terrifia en mettant à mort leurs chefs; puis il fit garder la ligne du sud par des postes et réclama au roi Ptolémée une armée de secours afin de cerner Tacfarinas. Lorsqu'il sait que les divisions maurélaniennes sont en marche, il se jette sur Tacfarinas et le force à lever le siège de Tubusuptus. Le Berbère veut fuir vers le sud, mais les issues sont gardées; il se porte vers l'ouest poursuivi l'épée dans les reins par Dolabella qui l'atteint à Auzia (Aumale), surprend son camp par une attaque de nuit et le tue, ainsi que tous ses adhérents (24).
Telle fut la fin de ce remarquable chef de partisans dont l'activité, l'audace et la ténacité causèrent tant de soucis aux Romains. Cette révolte avait duré huit ans [141].
Assassinat de Ptolémée.--A la suite de cette guerre, dans laquelle Ptolémée avait coopéré si efficacement à réduire le rebelle, un sénateur fut désigné pour porter au roi de Maurétanie le bâton d'ivoire et la toge brodée, présents du Sénat, et de le saluer du titre de roi, d'allié et d'ami.
La révolte qui venait de causer de si grandes difficultés aux Romains décida l'empereur à fortifier la Numidie en la détachant de la province d'Afrique pour la placer sous l'autorité d'un commandant militaire, légat de rang sénatorial, qui lui obéissait directement. Quant à la province d'Afrique, s'étendant à l'est d'Hippone jusqu'aux limites de la Cyrénaïque, elle resta sous l'autorité du Sénat, représentée par un proconsul (37) [142].
Le règne de Ptolémée se continua sans que rien de saillant se produisit, lorsqu'en l'an 39, il fut pour son malheur appelé à Rome, par son cousin l'empereur Caligula [143]. Le tyran l'accabla d'abord de prévenances; puis, soit qu'il fût jaloux de la magnificence du roi maurétanien et de l'attention qu'il attirait sur sa personne, soit qu'il voulût s'emparer de ses immenses richesses, soit enfin qu'il cédât à un de ses caprices sanguinaires dont il a donné tant d'exemples, il le fit assassiner. On ignore si Ptolémée fut tué à la sortie du cirque, ou s'il fut envoyé en exil et mis à mort secrètement, car les auteurs diffèrent dans leurs versions.
[Note 141: ][ (retour) ]Tacite, Annales, 1. II, ch. lii.