L'AFRIQUE SOUS L'AUTORITÉ ROMAINE

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État de l'Afrique au ier siècle; productions, commerce, relations.--État des populations.--Les gouverneurs d'Afrique prennent part aux guerres civiles.--L'Afrique sous Vespasien.--Insurrection des Juifs de la Cyrénaïque.--Expéditions en Tripolitaine et dans l'extrême sud.--L'Afrique sous Trajan.--Nouvelle révolte des Juifs.--L'Afrique sous Hadrien; insurrection des Maures.--Nouvelles révoltes sous Antonin, Marc-Aurèle et Commode, 138-190.--Les empereurs africains: Septime Sévère.--Progrès de la religion chrétienne en Afrique; premières persécutions.--Caracalla, son édit d'émancipation.--Macrin et Elagabal.--Alexandre Sévère.--Les Gordiens; révolte, de Capellien et de Sabianus.--Période d'anarchie; révoltes en Afrique.--Persécutions contre les chrétiens.--Période des trente tyrans.--Dioclétien; révolte des Quinquégentiens.--Nouvelles divisions géographiques de l'Afrique.

État de l'Afrique au ier siècle; productions, commerce, relations.--Ainsi l'autorité romaine régnait sans conteste sur toute l'Afrique du nord, la Berbérie, de l'Egypte à l'Océan. Il avait fallu près de deux siècles et demi (232 ans) au peuple-roi pour effectuer cette conquête; mais nous avons vu avec quelle prudence, par quelle suite de transitions habilement ménagées, il y était arrivé.

Au moment où la Berbérie entre dans une ère nouvelle, il convient de se rendre bien compte de sa situation matérielle et de l'état de ses populations.

L'Afrique propre, la première occupée, est couverte de colonies latines; «les notables des villes recevaient avec reconnaissance le droit de cité; leurs enfants prirent des noms romains, reçurent une éducation romaine; la carrière des emplois et des honneurs s'ouvrit devant eux [155]». Dans les campagnes de cette fertile province, les patriciens s'étaient taillé de beaux domaines et le pays n'avait pas échappé à la formation des latifundia, qui avaient eu, en Italie, des conséquences si funestes. Mais, si «l'on y trouvait, selon Aggenus Urbicus, des domaines privés plus vastes que ceux de l'État, ils étaient occupés par un grand nombre de cultivateurs; la maison du maître était entourée de villages qui lui faisaient une ceinture de fortifications [156]». Du reste, la petite propriété était constituée aussi par les concessions aux vétérans, ou par la vente ou la location à des émigrants. Ainsi les progrès de la culture [157], loin d'avoir été arrêtés par la conquête, lui durent, au contraire, une plus grande extension. Leptis Magna, Hadrumète, Utique et surtout Karthage, étaient les principaux ports où les céréales venaient s'entasser. Là les flottes de toute l'Italie chargeaient les grains, et c'est particulièrement de l'Afrique que Rome tirait ses approvisionnements. Les blés d'Egypte allaient dans les autres parties de l'Italie. Sous Auguste, sous Tibère, sous Claude, la population romaine attendait sans cesse les arrivages d'Afrique et faisait entendre ses murmures, ou se mettait en rébellion, au moindre retard, car la conséquence immédiate était la famine. On l'avait bien vu, lors de la lutte entre César et Pompée, quand celui-ci avait arrêté les convois d'Afrique.

[Note 155: ][ (retour) ] Hase, Sur l'établissement Romain (Rev. afr., p. 301).

[Note 156: ][ (retour) ] F. Lacroix, Afrique ancienne (Rev. afr., N° 73, p. 18).

[Note 157: ][ (retour) ] On sait que les Karthaginois avaient perfectionné la culture en Afrique et que l'ouvrage de Magon servit ensuite de guide aux cultivateurs italiens.

Tous les empereurs prirent des mesures afin d'assurer les arrivages d'Afrique, Claude accorda des immunités particulières pour encourager les importations de blé, Néron exempta de tout impôt les navires servant au transport du blé. Commode créa la flotte d'Afrique, affectée spécialement à cet usage, et ses successeurs perfectionnèrent cette institution. Un préfet de l'Annone, résidant en Afrique, fut chargé d'assurer les approvisionnements.