Après le blé, l'huile était une des principales branches d'exportation, mais, de même que l'huile faite actuellement par nos Kabiles, elle était de qualité inférieure, et sa mauvaise odeur la dépréciait beaucoup, de sorte qu'on ne l'employait guère que dans les gymnases.
Les fruits, surtout le raisin, les dattes et les figues, les oignons, le sylphium, la thapsie, diverses sortes de jonc, les bois de l'Atlas, les marbres, tels étaient ensuite les principaux articles d'exportation [158]. A ces productions, il faut ajouter les bêtes féroces servant aux combats du cirque, les chevaux et les gazelles. Quant aux éléphants, il est à peu près démontré qu'ils n'existaient plus en Berbérie à l'état sauvage, quoi qu'en disent Strabon, Pline, Solin et autres auteurs. Ils étaient sans doute amenés de l'intérieur par les caravanes.
[Note 158: ][ (retour) ] Cf. Hirtius, Bell. afr., Pline, Hérodote, Strabon, Appien, Bell. civ., Suétone, Varron, Dion Cassius, Spartien, Tacite.
Au premier rang des villes de commerce brillait Karthage, la métropole punique, relevée de ses ruines et toujours la reine de l'Afrique par sa magnificence et sa civilisation. Dans son port, les vaisseaux venus de tous les points de la Méditerranée se pressaient pour charger les grains, les bois précieux, la poudre d'or, l'ivoire, les marbres, les bêtes féroces, les chevaux numides, les nègres. Une population punique importante dominait dans cette ville, elle y avait conservé ses mœurs, sa langue et sa religion. Le temple d'Astarté (Tanit), divinité phénicienne admise par les Romains dans leur Panthéon, sous le nom de Juno Cœlestis, avait été reconstruit avec une nouvelle splendeur; nous verrons plus tard un empereur donner une consécration officielle à ce culte barbare dont les divinités exigeaient des sacrifices humains.
La Cyrénaïque fournissait en quantité les blés, l'huile et les vins. «Derrière cette province passait la route commerciale qui unissait l'est, le sud et l'ouest de l'Afrique. La grande caravane, partie de la haute Egypte, traversait les oasis d'Ammon, d'Oudjela et des Garamantes, où elle trouvait les marchands de Leptis, puis descendait au sud par le pays des Atarantes et des Atlantes, pour rencontrer ceux de la Nigritie [159]».
[Note 159: ][ (retour) ] Duruy, Hist. des Romains, t. IV; p. 88.
Dans la Numidie et la Maurétanie, les principaux ports de commerce étaient Igilgilis (Djidjelli), Saldœ, Yol-Césarée, Siga (à l'embouchure de la Tafna) et Tingis. Il existait, entre les ports de l'ouest et l'Espagne, et même jusqu'en Gaule, des relations suivies qui avaient amené des alliances de famille. Nous avons vu que Juba II était magistrat municipal de Carthagène.
État des populations.--Examinons maintenant ce que devenait le peuple indigène en présence de la colonisation romaine. La vieille race berbère commençait à subir une transformation; diminuée par les guerres incessantes où elle prodiguait son sang avec tant de générosité, elle était refoulée par la colonisation romaine et commençait à s'assimiler ou à disparaître dans la province d'Afrique ou la Numidie. Mais dans toute la Maurétanie et certains massifs montagneux, comme le Mons ferratus (la grande Kabilie), elle se conservait intacte et se préparait à de nouvelles luttes. Sur la ligne des hauts plateaux, se pressaient les tribus gétules, toujours prêtes à envahir le Tel pour le piller et autant que possible s'y fixer. On a pu constater cette tendance des tribus du désert, par la demande de terres faite par Tacfarinas à Tibère. Nous les verrons s'avancer continuellement, par un mouvement lent et irrésistible, pour s'étendre sur les restes des vieilles tribus berbères et les remplacer à mesure que la puissance romaine s'affaiblira.
Ces Berbères, établis au delà de la limite de l'occupation romaine, reconnaissaient en général la suzeraineté du peuple-roi, particulièrement dans le Tel et le pays ouvert; ils fournissaient, en temps de paix, certains tributs, et devaient des services de guerre. «On utilisait ainsi les Berbères soumis dans l'intérêt de Rome, mais on ne les organisait pas à la manière romaine, comme aussi on ne les employait pas dans l'armée. En dehors de leur propre province, les irréguliers de Maurétanie furent aussi utilisés, plus tard, en grand nombre, surtout comme cavaliers, tandis qu'on ne procédait pas ainsi pour les Numides [160]».
En Cyrénaïque, la population n'avait pas subi de grandes modifications. Les Juifs, déportés autrefois de Palestine dans cette province [161], y avaient prospéré malgré les mauvais traitements auxquels ils étaient en butte, de la part des Grecs et la jalousie qu'ils inspiraient. Ayant eu recours à la justice d'Auguste pour être protégés, ce prince envoya des ordres à Flavius, préteur de Lybie, pour qu'il veillât à ce qu'ils ne fussent pas troublés dans leurs biens et l'exercice de leur culte. En l'an 14 av. J.-C, un rescrit de Marcus Agrippa ordonna «qu'ils seraient maintenus dans l'exercice de leurs droits et que si, dans quelque ville, on avait diverti de l'argent sacré, il serait restitué aux Juifs par des commissaires nommés à cet effet [162]». Nous verrons avant peu l'esprit d'indiscipline de ces Juifs, surexcité par les événements de Judée, leur attirer de terribles répressions.