[Note 167: ][ (retour) ] Probablement l'oasis actuelle d'Asben. V. Vivien de Saint-Martin, Le Nord de l'Afrique, p. 231.

[Note 168: ][ (retour) ] Sahara, p. 191.

L'Afrique sous Trajan.--Après le court règne de Nerva, Trajan fut investi du pouvoir suprême (28 janvier 98).

Ce prince guerrier employa largement l'élément berbère dans ses campagnes lointaines. En Afrique, il reporta l'occupation militaire, qui n'avait guère dépassé la ligne de Theveste-Lambèse, jusqu'au Djerid. Il fonda notamment un établissement militaire au lieu appelé ad-Majores (au nord de Negrin) point stratégique qui commandait les routes du sud et de l'est [169]. Thamugas, voisine et rivale de Lambèse, date également de cette époque. C'est là probablement que furent établis les vétérans de la XXXe légion. Une autre colonie de vétérans était fondée vers la même époque à Sitifis, sous la dénomination de Nerviana Augusta Martialis.

Pendant que l'empereur guerroyait au loin, l'Afrique demeurait livrée aux exactions de ses gouverneurs. Le proconsul Marius Priscus, secondé par son lieutenant Hostilius Firminus, avait mis le pays en coupe réglée, vendant la justice et étendant à tout ses prévarications. Poussés à bout par tant d'injustices, les habitants portèrent leurs doléances au Sénat [170]. Ils trouvèrent comme défenseurs Tacite et Pline le jeune et, grâce aux efforts de ces hommes illustres, obtinrent gain de cause.....en principe, car le proconsul, déclaré coupable, fut simplement exilé sans qu'on le dépouillât de ses richesses mal acquises.

[Note 169: ][ (retour) ] Ibid., p. 192.

[Note 170: ][ (retour) ] Déjà en l'an 63 (av. J.-C.) la Cyrénaïque avait été défendue devant le Sénat et c'est la grande voix de Cicéron qui avait plaidé sa cause.

Nouvelle révolte des Juifs.--A la fin du règne de Trajan (en l'an 115), les Juifs de la Cyrénaïque, devenus très nombreux depuis la destruction du temple par Titus, fanatisés par leurs malheurs et irrités par les mauvais traitements auxquels ils étaient soumis, se mirent en état de révolte. Le général Lupus ayant marché contre eux, fut vaincu et contraint de se jeter dans Alexandrie. Un juif nommé Andréas (ou Lucus), était à la tête de ce mouvement qui fut caractérisé par des cruautés épouvantables. Tout ce qui était romain et grec tomba sous les coups des rebelles; ce fut une orgie de sang. Les juifs allèrent, dit-on, jusqu'à manger la chair de leurs victimes et à se couvrir de leur sang. Par représailles, ils les forcèrent, à leur tour, à combattre dans le cirque, ou les firent déchirer par les bêtes féroces. Dans la seule Cyrénaïque, deux cent vingt mille personnes auraient ainsi trouvé la mort [171].

[Note 171: ][ (retour) ] Dion Cassius.

Trajan était alors retenu en Orient par la guerre contre les Parthes, qui nécessitait l'emploi de toutes ses forces. Ainsi les populations de la Cyrénaïque abandonnées à elles-mêmes, étaient sans force pour résister aux rebelles, dont le nombre était considérable. Alliés aux révoltés d'Egypte, les juifs se livrèrent à tous les excès. Cependant Marcius Turbo, ayant reçu de l'empereur l'ordre de marcher contre les rebelles, arriva de Libye avec des forces importantes, tant en infanterie qu'en cavalerie et même une division navale. Mais c'était une véritable guerre à entreprendre et il fallut toute l'habileté de ce général pour triompher de cette révolte qui se prolongea jusqu'à l'avènement d'Hadrien. La répression que les juifs s'étaient ainsi attirée fut sévère, et il est probable qu'à cette occasion un grand nombre d'entre eux émigrèrent dans l'ouest et se mêlèrent à la population indigène de la Berbérie.