L'Afrique sous Hadrien. Insurrections des Maures.--En 117, commença le beau règne d'Hadrien. Un soulèvement général des Maures concorde avec son élévation. C'est à la voix d'un Berbère latinisé du nom de Lusius Quiétus que les indigènes prennent les armes. Ce chef avait été chargé de conduire à Trajan un corps de troupes maures, et il s'était tellement distingué, dans la guerre contre les Parthes et dans celle de Judée, que l'empereur lui avait donné le gouvernement de la Palestine. Rappelé en Afrique, il renia la fidélité dont il avait donné des preuves si éclatantes, pour entraîner ses compatriotes à la révolte.
Marcius Turbo appelé de la Cyrénaïque, et nommé proconsul d'Afrique, reçut la difficile mission de réduire cette révolte qui avait pris des proportions générales. Quiétus fut mis à mort; mais Turbo ne triompha des rebelles qu'avec beaucoup de peine. Pour le récompenser de ses services, il reçut des honneurs particuliers et fut ensuite nommé gouverneur de la Dacie.
En 122 une nouvelle insurrection de la Maurétanie décida l'empereur à passer en Afrique [172]. Après avoir apaisé la révolte, Hadrien visita la contrée et, au dire de Spartien, la combla de bienfaits. Ayant vu par lui-même ce qui était nécessaire, il prescrivit l'ouverture de routes et fit établir toute une ligne de postes avancés, pour préserver les colonies contre les incursions des Maures. Vers la fin de 123, ou au commencement de 124, le quartier général de la IIIe légion fut transféré à Lambèse. L'achèvement de la route de Karthage à Théveste, venait d'avoir lieu, et, en assurant la facilité des communications, permettait de reporter les lignes plus à l'ouest.
En 125, l'empereur voyageur visita la Proconsulaire. Un certain nombre de villes furent élevées par lui au rang de colonies et il concéda des terres à ses vétérans. Il imprima une puissante impulsion à la colonisation du pays, le dotant de monuments et de routes, si bien qu'il reçut sur des monnaies le titre de «restaurateur de l'Afrique.» Les villes imitèrent son exemple et une inscription nous apprend que Cirta construisit à ses frais les ponts de la route de Rusicade [173]. C'est sans doute dans ce voyage qu'il parcourut la Cyrénaïque. Ce pays était ruiné et en partie dépeuplé depuis la révolte des juifs. Il y amena des colons et fonda de nouveaux établissements, notamment une ville à laquelle il donna son nom. Adrianopolis.
[Note 172: ][ (retour) ] Une inscription récemment découverte à Rapidi, Sour Djouâb, confirme ce fait. Voir Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions, IVe série, t. IX, pp. 198 et suiv.
[Note 173: ][ (retour) ] Duruy, Hist. des Romains, t. V, p. 54 et suiv.
Hadrien vint sans doute une troisième fois en Afrique (vers 129). Les documents à cet égard manquent de précision. Dans tous les cas, il s'occupa avec sollicitude du développement de la colonisation et le pays garda un souvenir durable de ce prince ainsi que de sa belle-mère Matidie. A ce souvenir se joignit une circonstance particulière qui prouve bien que les conditions physiques du pays n'ont pas changé: il n'avait pas plu depuis cinq ans en Afrique et sa venue coïncida avec le retour des pluies [174].
[Note 174: ][ (retour) ] Spartien, Hadrian. XXII.
Nouvelles révoltes sous Antonin, Marc-Aurèle et Commode (138-190).--Antonin succéda à Hadrien en 138. Les Maures en profitèrent pour envahir de nouveau les contrées colonisées et porter partout le feu et la révolte. Il est probable que les Gétules se joignirent à cette levée de boucliers. La situation devint si grave que l'empereur dut venir en personne combattre les rebelles. Il les vainquit; dit Pausanias, et les contraignit à se réfugier «aux extrémités de la Libye, vers la chaîne du Mont-Atlas et les peuples qui y habitent», Les documents fournis par l'histoire sont si pauvres qu'il est impossible de se rendre compte de cette campagne et de conjecturer dans quelle direction les Berbères furent repoussés. M. Ragot [175] pense que l'empereur se décida à reporter alors la ligne d'occupation et de fortification jusqu'au delà de l'Aourès, précaution qui devait, hélas, être bien insuffisante.
Sous le règne de Marc-Aurèle, nouvelle insurrection des Maures Maziques et Baquates, du Rif, qui vont porter le ravage jusqu'en Espagne. «Ni les garnisons romaines, ni le détroit de Gadès, n'empêchèrent les hordes de l'Atlas de prendre l'offensive, de pénétrer en Europe et de ravager une grande partie de l'Espagne [176].» Peut-être, comme le fait remarquer Lacroix [177], ne s'agit-il ici que d'expéditions maritimes. Il est certain d'autre part, que les proconsuls d'Afrique luttèrent pour ainsi dire sans relâche contre les invasions des indigènes maures et gétules. «Rome, dit encore Capitolin, loin d'envahir, se trouva heureuse de préserver ses frontières.» Marc-Aurèle dut envoyer de nouvelles troupes. L'Afrique cessa d'être une province sénatoriale, et le gouverneur de la Maurétanie ne fut qu'un légat propréteur.