C'est, me répondit le cicerone, un touchant usage qui ne relève ni de la superstition, ni de la magie. En Bretagne, la nuit de Noël, on fait trois fois le tour de la maison paternelle processionnant ainsi la tronche consacrée.154 Cette cérémonie conserva aux demeures du paysan et du marin la bénédiction du ciel. Les gars de St. Malo, répètent cette tradition familiale.
Note 153: Ce mot de cercle me rappelle une jolie expression de la Relation primitive du Second Voyage de Jacques Cartier: "Et après qu'ils (les sauvages) eurent ce faict (chanté et dansé) fit le dict Donnacona mettre tous ses gens d'ung côté et fit un cerne sur le sable et y fit mettre notre cappitaine (Jacques Cartier) et ses gens." Faire un cerne sur le sable, n'est-ce pas gentil? Voyage de Jacques Cartier, 1535-36, verso du feuillet 16.
Parlant du lac St-Pierre qu'il traversa, lors de son voyage à Hochelaga, Jacques Cartier écrit encore: Une plaine d'eau. Voyage de Jacques Cartier, 1535-36, verso du feuillet 20.
Ne pas oublier davantage l'expression de l'interprète Taiguragny que, dans son langage pittoresque, disait que les arquebuses des Français étaient des bâtons de guerre!
Note 154: "Ils lui font faire (à la bûche de Noël) trois fois le tour des lumières et le tour de la maison." Mireille, poëme de Mistral.
Tandis que Laverdière et moi causions de la sorte, les huit porteurs de la tronche de Noël s'étaient éloignés du feu de joie à la distance d'environ cinquante pas.
Je demandai à mon guide-interprète où ces braves gens prétendaient aller avec une pareille charge aux épaules.
Mais avant qu'il eût ouvert la bouche pour me répondre, un cri sec, bref, sans écho, rapide comme un coupé de fleuret, éclata en plein silence.
Et tout aussitôt Lucas Fammys, Guillaume Esnault, Julien Golet, Jehan Hamel, Goulset Riou, Jacques Duboys, Philippe Thomas, François Duault partirent au pas gymnastique courant vaillamment sur le feu.
Allégresse! allégresse, s'écrièrent ensemble tous les matelots, allégresse, allégresse, que Notre Seigneur nous remplisse d'allégresse!
Elle était vraiment originale, caractéristique, entraînante, cette course au bûcher, avec ses balancements de tangage, ses poussées irrésistibles, comme le travail d'un navire trop chargé de l'avant et les chocs en recul, les arcs-boutés des matelots se cabrant, mordant la glace de tous les clous de leurs talons pour mieux résister au terrible entraînement de cette masse inerte décuplant avec sa pesanteur la force acquise de l'élan, et parer une culbute aussi ridicule que redoutable.
Le coureurs n'étaient plus qu'à dix pieds du feu de joie.