Guillaume Séquart, Guillaume Esnault, Jehan Dabin, Jehan Duvert.--Enfin le barbier, Samson Ripault.

Parole d'honneur, sans les avoir vus jamais, je croyais les connaître, tant ils portaient des noms contemporains, familiers à mon oreille. Et tout d'abord celui de Jacques Cartier, puis ces autres de Guillaume de Le Marié, le maître de la Petite Hermine, de Guillaume Le Breton Bastille, le capitaine et pilote de l'Emérillon, de Charles Guillot le secrétaire du capitaine-général, des gentils hommes Claude de Pontbriand, fils du seigneur de Montcevelles, Jean Poullet, Garnier et Jean de Chambeaux, de Thomas Fourmont, le maistre de la Grande Hermine, de Marc Jallobert (Jalbert) capitaine et pilote du Courlieu, de Dom Guillaume Le Breton, le premier des aumôniers de Cartier; enfin les noms populaires de Jehan Hamel, Jacques Duboys (Dubois), Goulset Riou (Rioux), Legendre Estienne Leblanc, Geoffroy Ollivier, Guillaume Esnault (Hénault) Françoys Duault, Julien Golet (pour Goulet) Françoys Guillot, Jehan Fleury Estienne Nouel (les Noël actuels), Michel Hervé, Pierres Esmery dit Talbot, Guillaume Guilbert (pour Gilbert), Françoys Guitault, Philippes Thomas, Jehan Pierres, etc., etc.

Ils se ressemblaient tous avec leurs barbes incultes, hérissées, poussées longues pour mieux protéger la gorge et les poumons contre le froid excessif de ce terrible et rigoureux hiver. Ce qui réduisait aux seules expressions du regard tous les jeux de physionomie. Champ lamentablement restreint pour un observateur.

Oui, en effet, je les confondais tous avec leurs yeux bleus, renfoncés dans les orbites, à regards vifs, étincelants d'intelligence... et de fièvre; même pâleur cadavérique au front, accentuée davantage par une abondante chevelure rousse, épaisse comme une fourrure, serrée comme une herbe de cimetière, poussée droit sur le crâne, comme un bois de sapin sur le plateau d'un rocher.

La vareuse, à col large et flottant, ouverte avec ampleur, laissait voir une poitrine bombée, musculaire, osseuse, mais blanche comme une chair de phtisique, une poitrine d'où le hâle était disparu et qui semblait avoir pris, à l'excès même du froid, cette pâleur glaciale de la neige.

Chacun de ces hommes portait un cierge allumé, comme autrefois, aux fêtes de la Chandeleur, le clergé et le peuple dans les églises. Cela répandait par toute la chambre des batteries un flamboiement de chapelle ardente. Et cette vibration, ce rayonnement de lumière parfumée, bénie, produisaient un effet étonnant, immense, la meilleure impression religieuse et artistique de cet imposant spectacle.

N'est-ce pas que c'est beau? me dit Laverdière. Combien la liturgie du catholicisme avait raison! Vraiment! c'est dommage que cette vieille tradition monastique soit tombée en désuétude! Que voulez vous, tout meurt, tout passe. Et le rituel de Bretagne datait du neuvième siècle! Il n'empêche que les canonistes n'ont pas retrouvé depuis, une cérémonie symbolique plus éclatante de Grande Lumière surgie pour éclairer tout homme venant en ce monde!

Événement bizarre! la nécessité, capricieuse comme une artiste, a voulu, cette nuit, que Jacques Cartier rétablit à son insu cette antique observance du cérémonial breton.

Quelle nécessité? demandai-je au maître-ès-arts; je ne vous comprends pas.

La nécessité de chauffer le navire, nécessité impérieuse, urgente à l'extrême, le vingt-cinq Décembre, au Canada! La flamme de ces cinquante cierges suffit à ce besoin et supplée avec avantage au système aussi défectueux qu'insupportable des réchauds et des chaudières à feu.73