Non travail ne sera donc, à proprement parler, que la paraphrase littéraire du Second Voyage de Jacques Cartier.

Oeuvre d'imagination, dira-t-on, bagatelle! Oeuvre d'imagination si l'on veut, composition fantaisiste où cependant la folle du logis n'est qu'une esclave de la vérité historique. A ce point, qu'elle accepte les noms de personnes, les mots anciens de la géographie, et consent à suivre les événements, les faits, les circonstances dans leur ordre. Elle ne les combine pas, elle les regarde; elle se promène au milieu d'eux, les interroge, les critique, les admire, à la manière d'un voyageur intelligent, d'un connaisseur artiste étudiant les curiosités d'un musée ou les monuments d'une ville étrangère. Le travail d'Une Fête de Noël sous Jacques Cartier se compose d'une série de tableaux historiques peints sur nature, de vues exactes prises sur le terrain, photographiées à la faveur de la lumière que peuvent concentrer à cette distance (sept demi-siècles) les meilleurs instruments des archivistes et des archéologues.

Aussi le public instruit qui jugera l'épreuve sera-t-il d'autant plus sévère pour l'ouvrier, qu'il se trouvera toujours en mesure de comparer la copie à l'original. Car, la raison essentielle de ce travail étant de faire CONNAÎTRE ET LIRE NOS ARCHIVES, j'annote le récit littéraire du texte de la relation primitive2 non pas tant pour démontrer, par la vérité des événements, la vraisemblance de la fantaisie, que pour multiplier aux lecteurs les occasions de lire ce brief récit et succincte narration de la navigation faicte en 1535-36 par le capitaine Jacques Cartier aux îles de Canada, Hochelaga, Saguenay et autres3. Occasion rare et précieuse, s'il en fut jamais, exceptionnelle bonne fortune de pouvoir déguster, comme un fruit d'exquise saveur, ce beau français du 16ième siècle, un français vieux, ou plutôt jeune comme l'âge de Rabelais et de Montaigne, exhalant en parfum la fraîcheur éternelle de l'esprit.

Forcément, l'attention des plus légers liseurs s'arrêtera sur ces passages empruntés à l'original unique--imprimés à dessein avec d'anciens caractères typographiques--- extraits bizarres, étranges comme un grimoire, où l'orthographe primitive des mots, le suranné des expressions, la latinisme des tournures de phraser, donnent un cachet de haute valeur archéologique.

Note 2: Je me suis servi pour mon travail de la "Réimpression figurée de l'édition originale rarissime de 1545 avec les variantes des manuscrits de la bibliothèque impériale."--Paris--Librairie Tross--1863--J'ai aussi consulté l'édition canadienne des Voyages de Jacques Cartier publiée en 1843 sous les auspices de la Société Littéraire et Historique de Québec.

Note 3: D'Avezac. Introduction historique à la Relation du Second Voyage de Jacques Cartier, page xvj.

Et de même que la lecture des romans de Jules Verne a développé le goût des études scientifiques, de même la paraphrase littéraire d'un document archéologique éveillera-t-elle peut-être, chez plusieurs jeunes gens instruits, l'idée de consulter nos archives, de les lire, et de se prendre, eux aussi, à leur savante et fascinante étude. Ce sera du même coup développer chez les lettrés le goût de l'histoire par excellence, celle de notre pays.

Tout le travail archéologique proprement dit est terminé maintenant, les manuscrits déchiffrés, copiés, collationnés, imprimés, se rangent aujourd'hui en beaux volumes sur les rayons de toutes nos bibliothèques. Il n'y a plus qu'à ouvrir le livre... et à le lire! Et on ne lirait pas? Je ne puis croire à cet excès d'indifférence ou de paresse!

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"PRENDRE PAR L'IMAGINATION CEUX-LA QUI NE VEULENT PAS DE BON GRÉ SE LIVRER A L'ÉTUDE," tel est l'objet entier de ce livre.