Veni Creator Spiritus! les trois pouvoirs civils de la Nouvelle France, le militaire, la magistrature, le gouvernement administratif, le chantaient aux séances solennelles du Conseil Supérieur à Québec, et a l'arrivée des nouveaux vice-rois.

Fondations de villes, fondations de paroisses, fondations de collèges, fondations d'institutions politiques, toutes ont prospéré, toutes sont demeurées debout, fortes, vivantes, progressives, exubérantes de sève et d'avenir. Le village est devenu cité, la mission s'est fait paroisse, le collège, université, la Colonie, puissance, oui Puissance du Canada. Et le chant immortel de la vieille hymne catholique se continue. Voix ferventes des choristes, poésie des strophes, beautés de l'harmonie, rien ne change, tout demeure, comme la Vérité dont il est le premier écho. Veni Creator Spiritus!

Et, se grisant à l'enthousiasme de son propre langage, Laverdière élevait la voix, comme s'il eût adressé la parole à quelque immense auditoire, grandissait sa petite taille, et déclamait avec une chaleur de gestes égale au feu sacré qui le brûlait comme une Sybille.

Aussi, écouté à travers le bruit de cette voix dominante, le chant de la Petite Hermine me semblait il un accompagnement d'orchestre soutenant un récitatif d'opéra. Les scorbutiques chantaient toujours:

Coelum cui regia,

Stabulum non respuis;

Qui donas imperia,

Servi formam induis:

Sic teris superbiam.

Vous me trouvez prolixe, continuait Laverdière mis en verve par la musique, vous me jugez bavard, intarissable. Que voulez-vous! je suis comme les anciens, j'aime à parler, à m'appuyer sur mes idées favorites, comme ceux-là, quant ils marchent, sur les épaules solides ou les bras vigoureux de leurs enfants. Mes souvenirs, voilà mes meilleurs bâtons de vieillesse!