Com aegris confunderis,

Morbi labem nesciens;

Pro peccatis pateris,

Peccatum non faciens:

Hoc uno dissimilis.

Quelles paroles! s'écria le maître-ès-arts! En savez-vous de plus intimes, de plus attachantes, de plus attendries! En seraient-ils de mieux appropriées au divin caractère de cette fête et à la situation désespérée de ces infirmes qui chantent avec des bouches souffrantes l'allégresse anniversaire de la Grande Délivrance?

Etudiez cette hymne de noël en elle-même: la mélodie de son thème et l'adorable simplicité de son récit semblent faites, comme les joies d'Andromaque, de sourires et de larmes. Cette musique inspirée traduit tout à la fois et le bonheur extatique de l'Épouse du Christ, pleurant de joie devant la beauté éternelle de son Bien-Aimé, et l'amertume inconsolable de la Mère du Christ, sanglotant de tristesse devant la pauvreté volontaire, l'indigence absolue du Dieu fait Homme.

Tel est mon sentiment artistique à son égard, et je vous le donne pour ce qu'il vaut. Mais de charme divin de cette mélopée grégorienne se centuple pour moi, s'idéalise, quand, au lieu de lui prêter l'oreille sévère du critique musical, il m'arrive (et cela très souvent) de l'écouter avec ma seule mémoire reconnaissante de prêtre-historien. Comme ils chantent alors dans mon âme ravie, les noëls captifs, les noëls d'exil, les noëls douloureux de la patrie absente--25 Décembre 1629--25 Décembre 1630--25 Décembre 1631--Alors je me souviens de Guillaume Couillard, d'Abraham Martin, de Guillaume Huboust98, de Pierre Desportes, de Nicolas Pivert,99 réunis avec leurs familles dans la chapelle déserte de notre Vieux Château St Louis, et récitant à chaudes larmes la prière du matin.100 Connaissez-vous spectacle plus navrant que cet autel sans prêtre et cette communion des fidèles sans hostie?101 Cela ne rappelle-t-il pas le déjeuner d'un Premier l'an; où des orphelins regardent à travers leurs sanglots les chaises vacantes de la table familiale, attendant en vain cette bénédiction maternelle que seule donnera maintenant à leur foyer l'invisible main de la Providence?

Note 98: Guillaume Huboust épousa la veuve de notre premier paysan Louis Hébert, mort le 27 Janvier 1627, à la suite d'un accident. Dictionnaire Généalogique de l'abbé Tanguay.

Note 99: Les cinq seuls paysans français demeurés au Canada après la prise de Québec par les Kertk.