Il y a aujourd'hui tente ans de cela. Dites-moi, y a-t-il eu un retour de la faveur publique! Où sont les statues de Christophe Colomb à Madrid, à Séville, à Gênes?128

Et vous croyez que notre Capitaine-Général, notre Jacques Cartier, le hardi gars de Bretagne, aura sa statue à Stadaconé?

Il n'a découvert qu'un pays, qu'une route aux îles du Zipangu, aux terres de Cathay, contre l'autre une hémisphère entière. Jacques Cartier n'aura pas plus de monument à Stadaconé que de statue à St. Malo.129

Note 128: La statue commémorative de Christophe Colomb, élevée sur un piédestal orné de rostres, fut inaugurée à Gênes, le 12 Octobre 1862, trois cent soixante-neuvième jour anniversaire de la découverte de l'Amérique. Comparativement aux Génois nous ne sommes pas en retard de reconnaissance.

Note 129: Duguay-Trouin et Chateaubriand ont seuls, à St. Malo, l'honneur d'une statue.

M. l'abbé Bégin qui a visité très attentivement la Bretagne, en 1864, me racontait avoir vu, à St. Malo, à l'Hôtel de France où il logeait, quatre statuettes représentant Duguay-Trouin, Jean Bart, Chateaubriand et JACQUES CARTIER. Ces statuettes ornaient le parterre de l'Hôtel de France. Ce décor fait le plus grand honneur à l'intelligence du propriétaire de cette maison. Il convient d'ajouter que la municipalité de la ville n'était pour rien dans l'accomplissement de cette oeuvre de reconnaissance patriotique.

Il n'y aura pas plus de souvenirs dans la ville natale que dans la ville fondée. La première oublie celui qui part, la seconde celui qui est venu. Il se fera autour de son nom un tel silence que les coeurs fermés des hommes sembleront l'avoir conspiré d'un mutuel accord.

Seulement, dans trois ou quatre siècles d'ici, quant tous les envieux seront morts, et avec eux, tous les chargés de reconnaissance, il adviendra peut-être qu'un désoeuvré, en quête de plaisir, imaginera pour se distraire le centenaire de notre découverte. Ce sera indubitablement l'occasion de fêtes splendides, le moyen de s'amuser encore une fois à nos dépens, cette présente aventure ne comptant pas.

Duvert et Grossin se mirent à rire: Faudra venir voir ça de l'autre monde, et demander au Grand Amiral un permis pour descendre è terre.

Je crois bien que l'on se donnera de la peine pour l'allégorie des états-majors et que les personnages du Capitaine-Général, des maistres de nefs et des pilotes seront des mieux soignés. Mais, ajouta Séquart, pour les manoeuvres, les équipages, timoniers, rameurs ou parias du fond de la cale et charpentiers de navire, je doute fort que l'on choisisse. Le premier cent de matelots ramassés sur les quais de la ville suffira probablement, et ils ne s'amuseront pas à trier. On leur paiera chacun vingt sols pour leur rôle de compagnons dans la procession historique et... Eh! Eh! vogue la galée.

Donnez-lui du vent!