Je ne peux pas cependant aller n’importe où. J’aime la pêche à la ligne, moi ! La gaule en main, quand un barbillon se décolle du fond ou quand une belle brème fait la planche, je frémis, je vibre, je vis enfin !

Je ne peux pas, d’autre part, obtenir un poste important, car j’ai été trop longtemps adjoint dans un pays perdu : mes collègues, plus favorisés, élèveraient leurs protestations si je faisais un bond compensateur.

— Vous comprenez bien cela ? m’a-t-on dit.

Si je le comprends ! C’est d’une si limpide absurdité !

En somme, je ne suis pas un monsieur très facile à caser. Eh bien ! j’avais pourtant trouvé mon affaire !

A Chantefoy, non loin d’ici, le père Buc vivait dans l’attente de sa retraite. Il m’en avait fort gentiment prévenu et, vite, sans ébruiter la chose, j’avais déposé ma demande. Chantefoy est un petit bourg assez agréable. Population tranquille, classe ordinaire, secrétariat de mairie ordinaire, logement modeste mais habitable ; pas de surprises à redouter, pas d’histoires. Et la rivière coule au bas du jardin.

A ma connaissance, il n’y avait pas d’autre demande que la mienne. C’était fait ! je vous dis que c’était fait ! j’avais emballé ma vaisselle.

Et puis : M. Buc ne prend pas sa retraite…

Je ne suis pas ennemi de la plaisanterie, à condition qu’elle soit inoffensive. Je n’appelle pas plaisanterie, par exemple, le jeu qui consiste à avancer une chaise à son invité, puis à la retirer brusquement au moment où il va s’asseoir, au risque de lui faire se rompre les vertèbres.

Et, dire stupide barbon, opiniâtre budgétivore, c’est proprement nommer M. Buc, que le diable emporte !