— Entendu ! Moi aussi, je voudrais faire une bonne journée. Dis donc, cet héritage est-il venu ? Allons, paye-moi tout de suite, et je te laisserai d’autres marchandises. Dépêche-toi, je suis pressé, ce matin.

En disant ces mots, il s’assit pourtant.

Delphine répondit tristement en refermant son corsage, car la petite dormait :

— Vous savez bien que je ne peux pas, Baveille ; vous ne perdrez rien, soyez tranquille. Tenez, la semaine prochaine, je vous donnerai ce que Séverin rapportera ce soir.

L’épicier, secouant la tête d’un air incrédule, elle poursuivit, suppliant presque :

— Mais, si ! vous pouvez me croire ; vous ne perdrez rien, encore une fois… Vous devriez tout de même me laisser quelque chose en passant ; ma petite Georgette est encore malade ; il lui faut de la bonne nourriture, et je ne peux pas lui en donner ; on est malheureux, allez !

— Ta ta ta ! je suis habitué à ces histoires. Je serai payé à Noël si le coucou chante… A moins, continua-t-il avec un rire sourd, à moins que je ne me contente d’une autre monnaie… d’une monnaie dont on n’est pas chiche quand on est belle et dégourdie…

— Taisez-vous, Baveille, répondit Delphine, trop malheureuse pour se fâcher, vous avez bien de la chance, vous, d’avoir toujours le cœur à rire !

L’enfant était tout à fait endormie, elle se leva pour la coucher dans son berceau qui était près du lit de Georgette. Comme elle chantonnait en la bordant, elle sentit l’homme derrière elle ; il s’était approché doucement et regardait la petite malade.

— C’est vrai que ce n’est pas bien gros, ça pauvre ! petite mine, ma foi ! Il ne faudrait pas un grand coup…