Georgette débauchait Biquette, et Louise, au retour, en faisait un beau chapelet à sa mère.

Heureusement les bessons n’étaient pas là pour embrouiller les choses. L’oncle Auguste les avait emmenés aux Arrolettes pour une quinzaine de jours. Quand ils revinrent, ils savaient parfaitement lancer des pierres avec un bâton fendu et fumer des tiges poreuses de clématites ; ils savaient non moins bien jurer et chanter des chansons d’hommes.

Biquette ne les étonna pas. Ils avaient vu bien d’autres chèvres aux Arrolettes ! et des moutons, et des vaches, et des bœufs ! Ils avaient même vu un bouc qui sentait très fort. Là-bas, Antonin, tous les soirs, menait boire les bêtes avec un grand fouet ; Constant était monté deux fois sur la jument blanche des Bordager.

Ils étaient devenus difficiles sur la nourriture ; leur tante les avait gâtés : ils avaient bu du vin le premier dimanche et mangé du lapin. A ce sujet, Constant ne put se retenir de faire des remontrances à sa mère.

— Pourquoi, dit-il, pourquoi les vends-tu toujours, nos lapins, quand ils sont gros ?

— Je les vends pour avoir des sous.

— A quoi bon des sous ?

— Mais pour t’acheter des hardes et du pain et du beurre ; tu le sais bien, voyons !

— Moi, j’aime mieux que tu ne les vendes pas. C’est bon à manger, les lapins, si tu savais !

— Oh ! ce n’est pas si bon que ça ; ça donne la colique quand on en mange beaucoup.