— Et le toit ?
— Tu en bâtiras un ! les autres le font bien…
Elle continua, irritée de la discussion.
— Je suis fatiguée de n’avoir rien à faire manger aux petits ; des haricots et des pommes de terre, des pommes de terre et des haricots ! Pas moyen seulement d’élever des poules ! J’en suis lasse ! Je veux faire du fromage, je veux une chèvre, et si tu ne l’achètes pas, je l’achèterai moi-même.
Il céda et, tout de suite, commença à bâtir une petite cabane derrière la maison ; le dimanche suivant il l’acheva et la couvrit avec des fagots de genêt. Puis, le lundi de Pâques, il y amena une chèvre toute blanche qui allait mettre bas pour la première fois. Louise fut chargée de la garder. Ce fut une grande joie pour elle les premiers jours. Elle la gardait jalousement, ne lâchant jamais la corde, grimpant sur le talus, descendant dans les fossés et revenant à la moindre ondée.
Georgette suivait quelquefois sa sœur, mais elle n’avait pas le droit de tenir la corde, étant trop petite. Elle s’en vengeait en cueillant des branches vertes qu’elle offrait de loin à la bête pour la tenter :
— Biquette ! Biquette !
La chèvre tirait sur la corde et entraînait Louise ; les feuilles tendres broutées, elle se laissait ramener sur l’accotement couvert d’herbe épaisse. Mais deux minutes après :
— Biquette ! Biquette !
Georgette à dix pas secouait un rameau d’épine blanche aux bourgeons à peine ouverts : une friandise ! La chèvre relevait sa petite tête, bêlait de désir et délaissait encore la pâture sérieuse.