Delphine, pendant toute la mauvaise saison, travailla tant qu’elle put et se priva durement.
Elle avait son idée.
Un matin de mars, elle sortit de l’armoire quatre pièces de cent sous et un peu de monnaie.
— Tiens, dit-elle à Séverin, j’ai ménagé cela pour avoir une chèvre.
Lui, qui croyait le tiroir vide, fut bien surpris de voir tout cet argent.
— Tu ne comptais pas sur cette attrape ! reprit-elle fièrement. J’en ai tiré des quenouillées pour gagner ces trente francs ! et l’on n’a pas pris le café tous les matins, va !
Dès la première année de leur mariage, il avait été question de cet achat, mais ils avaient reculé à cause des ennuis probables. Quand on n’a pas de terre, il est difficile d’élever des bêtes.
Séverin délestait la maraude ; il répondit sans ardeur :
— Alors, tu veux, avec ça, acheter une chèvre ; ça va faire des embêtements. Les voisins sont regardants ; tu as déjà de la peine à trouver assez de pâture pour tes lapins.
— Bah ! fit-elle impatientée, tu vois toujours les choses du mauvais côté. Voici le beau temps, les enfants sont déjà grands ; qui les empêchera de garder la bête le long des chemins ? Elles ne manquent pas, les chèvres, dans le village : une de plus ou une de moins, il n’y paraîtra rien aux haies.