Drelin, drelin, din !
Louise, qui sanglotait sur une chaise, se redressa, folle, les mains en avant.
— Je veux m’en aller ! j’ai peur ! j’ai peur !
La Gustine entraîna les cinq enfants pendant que la mourante criait à son tour :
— Emmenez-moi ! défendez-moi, oh ! la bête ! le creux-de-maison ! Je veux m’en aller !
Elle s’en alla quatre jours plus tard, dans une bière mince, l’ancienne petite meunière du moulin de la Rue ; et derrière elle, par le chemin Roux, descendirent tous ceux des Pelleteries.
CHAPITRE X
AU TRAVAIL !
Le lendemain de l’enterrement, la grand’mère Bernou des Arrolettes se leva de bon matin, fit un petit paquet de hardes comme en font les servantes qui vont rejoindre leurs maîtres, et, de son pas menu, s’en alla aux Pelleteries.
Le temps s’était beaucoup refroidi ; il avait plu et un grand vent d’ouest bousculait les feuilles. Malgré sa hâte d’arriver, la petite vieille avançait lentement, arrêtée et étourdie par ce vent qui lui cornait aux oreilles sa grosse menace infinie. Son paquet la fatiguait aussi. C’est qu’elle avait soixante-sept ans sonnés et commençait à manquer de souffle.
A la croisée du chemin Roux, elle posa ses hardes sur un tas de pierres et s’arrêta un peu avant de monter jusqu’au village. Il y avait à ce carrefour un talus sur lequel étaient piquées de petites croix de bois. Cela voulait dire que des corps étaient passés par là. Plusieurs de ces croisettes étaient déjà vieilles ; l’herbe montait autour, les recouvrait ; elles ne tarderaient pas à tomber et à pourrir. Bernoude en remarqua une beaucoup plus blanche que les autres, une toute fraîche, piquée la veille. Des larmes lui vinrent.