Le lendemain matin il n’y avait plus d’espoir.
La journée fut atroce ; Delphine délirait. Il lui revenait de lointains souvenirs : elle parlait de sa jeunesse et du moulin et de l’écluse où barbotaient les canes. Puis, soudain, elle se cachait, secouée d’une peur affreuse.
— Séverin ! Oh ! la bête… le creux-de-maison ! comme c’est noir ! comme c’est froid ! la bête ! elle me mange ! oh !
Elle restait un moment muette et tremblante ; après quoi elle recommençait à appeler ses canes ; elle parlait aussi d’une terre où elle irait avec ses enfants, d’une ferme « là-bas », bien loin, dans un pays plein de soleil où elle aurait une grande maison avec des fenêtres.
Vers le soir, elle eut un moment de paix et reprit un peu ses sens. Elle demanda à voir les petits. Elle les reconnut tous et les embrassa ; mais comme Georgette se tenait près du lit, elle se mit à la caresser en disant de sa voix étrange, de sa voix « d’ailleurs » :
— Oh ! la petite ! les beaux yeux d’eau ! Vois donc, Charles, les beaux yeux clairs… apportez les ablettes… j’ai mangé toute la crème…
Les enfants, saisis, se serrèrent les uns contre les autres. Leur mère se tourna vers la muraille ; tout à coup, de la ruelle, monta une chanson grêle, fredonnée à mi-voix :
Quand Mathurin va-t-au moulin,
Drelin, drelin, vire !
C’est point pour y fair’ moud’ son grain,