En revanche, il y avait de bonnes portes ; il y avait des gens qui donnaient de la miche et invitaient à entrer pour se réchauffer.

Bas-Bleu n’aimait pas à aller seule, car elle avait peur des chiens. Elle évitait aussi les coureurs des routes.

Vers la fin de l’hiver, elle commença à emmener les bessons. Elle leur apprit les chemins les plus courts et les choses qu’il fallait dire pour avoir des tartines.

CHAPITRE III
LA BRACONNE

Le dimanche, Séverin faisait de longues courses dans les champs. Dès les premiers temps de son veuvage, il avait commencé à sortir ainsi pour ne pas rester immobile à songer. Puis, peu à peu il avait pris le pli de ne jamais rester tout un dimanche au village.

Quand il n’était plus utile chez lui, il s’en allait voir les semis de maïs ou bien les jeunes plants de choux ou bien les champs de pommes de terre où le sol commençait à se soulever autour des tiges. Il passait sur les guérets, arrachait une ravenelle ou une touffe de chiendent, écrasait par habitude les mottes échappées à la herse. Il longeait les haies où bruissent, dans l’ombre chaude, des bêtes ignorées. Il détruisit quatre ou cinq nids de vipères. Il regardait comment les branches poussent ; s’asseyant dans les cheintres, il s’amusait à cueillir et à considérer les herbes sans noms, les herbes indifférentes sur lesquelles grimpent de petites bêtes — sans noms aussi — qui sautent quand on les touche ou font les mortes.

Il remarquait des choses auxquelles il n’avait jamais fait attention jusque-là.

Un dimanche du mois d’août, comme il était de garde chez les Chauvin, il sortit dans l’après-midi pour aller voir ses quatre sillons de pommes de terre dans les Grandes-Joneries. Au retour, il s’attarda à cueillir des noisettes ; elles abondaient dans deux ou trois haies écartées que les enfants n’avaient pas encore pillées. Le dimanche suivant, il revint au même endroit et l’autre dimanche encore. Il finit par cueillir ainsi une dizaine de litres de noisettes que la Bernoude fit sécher hors de la portée des enfants et qu’elle vendit vingt sous au Béguassard.

— Tiens, pensa Séverin, je n’ai pas perdu mon temps !

A partir de ce jour, il fit attention aux choses qui se perdent et que le passant a, de par l’usage, le droit de ramasser. Et même, à partir de ce jour, il rechercha ces choses pour les rapporter aux enfants ou pour en faire de l’argent.