— Non, je ne peux pas ; je le voudrais bien, mais c’est impossible ; un marché ne se défait pas.

— Alors, moi, propriétaire, je ne compte plus ? Ce sont des choses qui ne regardent que vous, pas vrai, Chauvin ? Eh bien ! je me souviendrai de ça ! et vous verrez ce qui arrivera !

Le vieux paysan releva la tête.

— Notre maître, je ne demande qu’à vous faire plaisir, mais cette fois vous voulez une chose qu’un Chauvin n’a jamais faite. Ce que j’en dis là, ce n’est point pour le valet, bien que ce soit un gars méritant. Mais quand j’ai fait un marché, quand j’ai tapé dans la main d’un homme en disant : « C’est tant », eh bien ! c’est tant ! et le marché tient toujours, qu’il soit bon ou qu’il soit mauvais. J’ai toujours fait comme cela depuis que j’ai l’âge de raison et je ne veux pas changer de mode à soixante ans… Voilà ce qu’il en est, notre maître ; à présent, il arrivera ce que vous voudrez.

Le rentier se leva, bredouillant des menaces.

— C’est comme ça ! Eh bien, fichez-moi le camp ! nous nous retrouverons, mon vieux ; vous me paierez ça plus cher qu’au marché, et quant à votre valet, nous allons nous en occuper ; vous pouvez l’avertir si vous voulez ; le diable m’emporte s’il n’est pas pincé !

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* *

Séverin fut pincé en effet, mais pas tout de suite, car sur l’avis de Chauvin — et se sentant d’ailleurs étroitement surveillé — il cessa d’aller à l’affût.

Il fut pincé un an plus tard, au mois de septembre, en plein jour et par M. Magnon lui-même.

C’était dans la soirée, vers quatre heures. Le plus jeune des Chauvin, Florentin, arrachait des pommes de terre le long de la haie bordant la route. Séverin, lui, travaillait au milieu du champ près d’un tombereau vide ; il piochait machinalement. Soudain Florentin cria :