— Séverin ! Séverin ! un lièvre !
Un lièvre avait en effet percé la haie à côté du jeune homme et, par une raize, il venait droit sur le valet. Celui-ci, instinctivement, lâcha son pic, saisit un aiguillon qui se trouvait à côté de lui, se baissa vivement et, de toutes ses forces, lança un coup rasant.
Le lièvre, touché au museau, eut un couic ! prolongé. Deux ou trois soubresauts l’agitèrent, puis il s’allongea entre deux sillons. Séverin fit signe à Florentin qui accourut. Ils examinèrent le lièvre ; c’était un jeune, il pesait dans les cinq livres.
— Ça se trouve bien, dit Séverin ; mes drôles ne sont pas rudes en ce moment, ça leur fera du fricot.
Mais Florentin, qui maniait la bête, fit remarquer qu’elle avait une patte cassée ; elle avait reçu un coup de fusil. Alors ils se rappelèrent avoir entendu des aboiements et deux détonations sur la gauche, quelques instants plus tôt.
— Les chasseurs vont arriver, dit Florentin ; ce sont les maîtres… ton affaire n’est pas claire.
— Nom de nom ! je n’ai pourtant pas envie de leur laisser ce lièvre.
— Tu serais bien bête ! d’ailleurs, si tu le laisses, ils te chercheront chicane tout de même. Cache-le donc, et vite ! moi, je me sauve.
Pendant que le jeune homme se hâtait vers son outil, Séverin lança le lièvre dans le tombereau et vida par-dessus un sac de pommes de terre. Puis il se remit au travail. Il était temps ; des aboiements furieux se faisaient entendre dans le champ voisin, de l’autre côté de la route ; les chiens avaient retrouvé le pied ; ils percèrent la haie à leur tour et se précipitèrent entre les sillons. Arrivés au milieu du champ ils se séparèrent, revinrent en arrière et se séparèrent encore.
A ce moment, un gros homme essoufflé enjamba l’échalier à côté de Florentin. C’était M. Magnon père.