— Tiens ! c’est toi, Delphine ! cria une voix jeune ; tu as vendu ?
Delphine reconnut Marie Guiret, une voisine, plus brune encore que de coutume sous la coiffe trop blanche.
— Oui, répondit-elle, j’ai fini par vendre, mais j’ai bien cru, un moment, que je serais forcée de rapporter mes œufs.
— Tu n’as pas mangé ? reprit l’autre ; fais vite, je t’attends.
Delphine tira du coffre un morceau de pain et une poire, et elle se mit à mordre à même, en écoutant son amie raconter sa matinée. Mais le pain était dur, il faisait chaud et les bouchées l’étranglaient.
— Ça ne coule pas, hein, Fine ?
— Ma foi, pas trop ! Tiens, je laisse le pain.
— C’est comme moi, dit Marie, en se rapprochant ; rien n’a pu passer, ni pain, ni fricot ; j’ai tout remis dans la voiture ; mes frères vont encore dire que l’amour me coupe l’appétit, mais tant pis ! Viens-tu ?
Elles descendirent vers la place.
— As-tu un galant, aujourd’hui, Fine ? disait cette petite futée de Marie Guiret ; oh ! tu es cachottière, je le sais ; dis, je te gêne peut-être ? Moi, je n’en ai pas, mais je viens pour en trouver un… ou deux.