Delphine aussi venait pour en trouver un, mais elle savait trop lequel, pour pouvoir en parler plaisamment.
Elles s’engagèrent entre deux rangées de baraques qui faisaient, au milieu de la place, comme une rue large et houleuse. Autrefois, quand elles étaient petites, elles s’étaient bien extasiées à cette foire, devant les gens qui font des tours et qui montrent des bêtes. Aujourd’hui encore, elles s’en amusaient un peu, mais, au fond d’elles-mêmes, quelque chose les inquiétait plus que les comédies.
Sur une estrade, de gros hommes, dévêtus, hurlaient entre leurs mains jointes ; une femme, demi-nue aussi, soulevait un essieu de charrette.
Les deux filles s’attardèrent autour du groupe serré des curieux ; Delphine fouilla du regard entre les blouses bleues ; Séverin n’était pas là. Il n’était pas là non plus devant les baraques où l’on tire, ni devant celles où l’on joue : où donc était-il ?
— Deux heures ! dit tout à coup Marie, qui avait une montre en argent, avec une belle chaîne. Deux heures ! Viens-tu dans les allées ? Il doit y faire moins chaud.
Il y avait tout autour de la place deux rangs de marronniers ; leurs têtes rondes se touchaient et, seules, de minces flèches de soleil perçaient entre les branches mêlées. Cependant, là également, il faisait chaud, à cause de la torpeur de l’air.
Des gars en sueur passaient, égayés de vin ; ils s’amusaient à fendre la foule et heurtaient volontairement les filles. Celles-ci allaient par petits groupes, étourdies de bruit, laissant derrière elles l’odeur du basilic ou celle du réséda, plus douce.
Il en était venu de tous les cantons voisins ; on les reconnaissait à leurs coiffes différentes. Celles des alentours, les plus nombreuses, avaient le grand casque bicorne pinçant le bout des oreilles et tombant sur les bandeaux lisses : coiffure un peu lourde, mais fière et magnifiée par de larges rubans de soie ; elle seyait surtout aux grandes ; beaucoup la portaient bien et avaient l’air cossu. Les coquettes, comme Marie Guiret, avaient tiré du serre-tête quelques mèches courtes qui voltigeaient librement ; chez d’autres, coquettes aussi, mais sans goût, ces boucles frisées au fer chaud se collaient sur le front en anneaux symétriques.
Les Gâtinelles avaient des coiffes à peu près semblables, un peu plus hautes seulement et plus larges. Les Vendéennes, vêtues d’étoffes loyales alourdies de velours, portaient la coiffe de Sainte-Hermine, simple et correcte. Nombreuses étaient les filles du Thouarsais, pimpantes sous le bonnet tourangeau si léger : un chiffonnage, un papillon froissé dont le bord des ailes, seul intact, tombait presque jusqu’aux sourcils.
Il y avait enfin des vieilles qui promenaient des petits enfants effarés et joyeux. Leurs coiffures, à elles, étaient pareilles à celles qu’on voit sur les images aux dames de l’ancien temps : des pyramides très grandes, sans fleurs ni rubans ; une forme solide par-dessous, du carton sans doute, beaucoup de tulle uni, mille épingles.