Elles devaient être obliques, ces coiffes, mais certaines paraissent droites, parce que celles qui les portaient se penchaient en avant.
Au bout de la première allée, Marie et Delphine rencontrèrent deux de leurs amies, désappointées comme elles et comme elles un peu lasses.
— Pas de galants ? railla Marie.
— Oh ! si, répondirent-elles ; même que nous sommes allées boire avec eux tout à l’heure ; seulement, nous avons d’autres affaires ; d’ailleurs, les gars nous ennuient.
— C’est précisément ce que je disais à Delphine ; oui, ils commencent à m’ennuyer aussi. Vous venez avec nous, mes belles ?
Elles continuèrent ensemble à faire le tour de la place. Il y avait beaucoup moins de gens de l’autre côté. C’était l’envers de la foire, un envers malpropre, pavoisé de guenilles. Des chiens, indifférents au bruit, dormaient sous les roulottes ; d’autres jouaient avec des enfants, des petits ventres-creux, vêtus de crasse et de hardes très amples. Puis, çà et là, un âne rogneux, une vieille jument décharnée, avec des bosses, des trous, des plaies noires de mouches, de grosses mouches luisantes et gonflées.
Trop lasses pour regimber sous la piqûre des bestioles, trop affamées pour se coucher et dormir, râpant de leurs dents jaunes l’écorce des marronniers, les pauvres bêtes attendaient là.
— Comme c’est laid, ce côté ! dit Delphine.
Cependant des couples passaient lentement avec des rires sourds, enlacés presque, sans gêne, les filles un peu rouges seulement. Beaucoup marchaient à la file et se dirigeaient ensemble vers les auberges.
Soudain, Delphine crut reconnaître Séverin sous un parapluie qui cachait deux têtes. Si c’était lui, pourtant, ce gars dont on ne voyait que le dos et qui lutinait une fille à long corsage ! Non ! cela ne se pouvait pas !…