Un frisson lui courut sur la nuque, comme si elle eût senti l’étreinte d’une main glacée.

Ayant ralenti un peu sa marche, elle se trouva en arrière des autres ; déjà elle se hâtait pour les rejoindre, quand une voix perça le tumulte :

— Séverin ! avance ! avance donc !

Là, sur la droite, une vingtaine de jeunes hommes très gais entouraient l’entrée d’une roulotte. Par la porte entr’ouverte, on apercevait une femme assise, les yeux bandés ; une autre faisait le boniment, une ménagère noire et sale, toute en mâchoires. Dans ce recoin de la place, loin du soleil et des cuivres, cela vous avait un air louche et pas tranquille.

— Vas-y, Séverin ! cria une seconde fois la voix.

Mais des gens pressés poussèrent Delphine, et elle se trouva en face de ses amies, qui revenaient la chercher.

— Hé ! hé ! Fine ! tu veux nous perdre ! Qui cherches-tu, par ici ?

Pour leur prouver qu’elle ne cherchait personne, elle les emmena plus loin. Quand elles repassèrent à cet endroit, il y avait encore des hommes devant la roulotte, mais Séverin n’était point parmi eux.

Elles circulèrent.

— Trois heures et demie ! dit Marie ; décidément, mes petites, nous ne trouverons pas de galants ; quels imbéciles !… Et puis, je meurs de soif.