Trois heures et demie ! Delphine sursauta ; l’ombre doucement s’allongeait, le soleil descendait sur les maisons ; déjà des voitures partaient.

Comment se fait-il que Séverin ne l’eût point vue, ne l’eût point cherchée ? Où était-il ? dans quelque auberge sans doute, avec une bonne amie de son nouveau pays, une de ces filles délurées en bonnet plat.

A partir de quatre heures, elle désespéra tout à fait. Elle aurait voulu être loin de cette foire, de ce bruit, de tous ces gens qui s’amusaient. Machinalement, elle fuyait les autres. Aussi, quand quatre jeunes gars, quatre de la Grange-Neuve, leur barrèrent la route pour les emmener boire, elle ne résista que faiblement.

— Tu ne vas pas rester là, maintenant, disait la Marie à mi-voix. Tu veux donc qu’on se moque de toi ? on n’y faillira guère, crois-moi ; et l’on dira que tu fais peur aux galants. Viens donc ! Qu’est-ce que cela te fait ? Viens donc ! pour voir seulement !

Eh oui ! Qu’est-ce que cela lui faisait ? Elle se laissa entraîner ; tout de même, elle ne voulait pas que celui qui l’accompagnait, un petit gars trapu et rougeaud, lui prît la taille, là, devant tout le monde.

L’auberge où ils entrèrent était bondée. Les amoureux se tenaient en haut, dans un vaste grenier ou l’on avait installé des tables et des bancs.

On y arrivait par un escalier étroit et sombre ; des filles, poursuivies, le montaient quatre à quatre : d’autres s’y attardaient, qui ne boudaient pas aux chatouilles. Delphine s’obstina à passer la dernière. Ses yeux pleins de soleil distinguaient à peine les marches ; mais en haut, la lumière, par deux grandes lucarnes, tombait sur ceux qui étaient attablés dans ce grenier, et ce qu’elle vit la fit se reculer, toute pâle : Séverin était là, devant elle, et, à côté de lui, tout près, tout près, une fille du pays thouarsais, une grande fille délurée, en bonnet plat…

Il s’était levé, un peu gêné, en reconnaissant ceux qui arrivaient.

— Bonjour, Pierre ! Bonjour, Marie ! Tiens ! Delphine ! Toi aussi, Delphine ?

Ses amis se serrèrent pour faire place aux nouveaux venus.