Gustinet expliquait de loin à Séverin et à Auguste l’histoire du café-chantant.

Il y avait un lieutenant qui était un chic type, pas fier, un de la haute pourtant, un monsieur « de… » ; il ne se rappelait plus le nom. Lui, Gustinet, était son ordonnance. Et un soir, le monsieur « de… » lui avait dit comme ça :

— Tu vas trotter au treize dans la rue Basse ; tu y trouveras des femmes. Tu n’as pas peur des femmes, au moins, espèce d’infirme ? La plus grande s’appelle Faisannette ; tu me l’amèneras. Entends-moi bien : tu me l’amèneras au beuglant Patouillaud, où je t’attendrai. Va !… Eh ! dis donc ! avait encore ajouté le monsieur « de… », essaye seulement de la chahuter, cette môme, et tu verras !

Il était donc allé au treize. Des femmes très gaies l’avaient fait asseoir. Faisannette était là ; il l’avait emmenée, lui, Gustinet, et il l’avait blaguée en l’emmenant ; une chouette femelle, allez ! Le lieutenant avait été content.

— T’es moins bête que je ne croyais, avait-il dit ; tiens, te voilà cent sous ; paye-t’en donc une tranche, grosse crapule !

Oui, il lui avait donné cent sous pour passer la soirée au beuglant, le lieutenant de Patifoux. Heureux d’avoir retrouvé ce nom, il reprit très haut pour dominer le tumulte :

— Le lieutenant Bois de Patifoux, de Jacques de Bois de Patifoux… Une chouette femelle, bon Diou !

Puis, très en verve, il chanta, soulignant du geste des allusions déjà claires. Les filles, distraites, ne faisaient pas semblant d’entendre, mais soudain, l’une d’entre elles gloussa et les autres, rouges, coupées en deux, lâchèrent enfin leur rire qui courut comme un poulain fou. D’ailleurs, Calloux chanta aussitôt une autre chanson où tous les mots étaient dits.

On avait commencé par répéter les refrains seulement, mais on finit par reprendre aussi chaque couplet. On buvait ensuite tous ensemble, puis on clamait une invitation à reboire.

Les femmes commençaient à être grises ; elles chantaient avec les hommes ; leurs voix aiguës filaient entre les grosses voix désordonnées et parfois tremblaient et s’éteignaient comme flammèches au vent.