Quand ils furent fatigués, ils se mirent à se moquer du bossu ; mais la mère Bernou leur fit de gros yeux, et ils s’en allèrent dans la cour.

Un moment après, Séverin, qui venait de voir les joueurs, entendit des rires derrière la barge ; il s’avança : un litre vide traînait sur le foin et un peu plus loin deux gamines faisaient des culbutes ; une autre, tout à fait ivre, tombée la tête en bas, agitait ses jambes nues. Et deux petits d’une dizaine d’années étaient là, morts de rire, les yeux pleins de larmes ; ils s’étaient accroupis pour mieux voir, et ils appelaient du geste les camarades qui se poursuivaient à l’autre bout de l’aire.

Dans la grange, à une petite table, que l’on avait laissée tout au fond, le vieux Loriot et un oncle de Delphine se racontaient des choses. Ils avaient joué aux cartes et bu toute la soirée ; tant de vin avait ému l’oncle et réjoui Loriot ; et l’un riait et l’autre pleurait de vraies larmes en disant la bonté de ses amis et la sienne, qui était encore plus grande.

— Voyez-vous, Loriot, faisait-il avec des gestes effondrés, je suis vif, mais je suis de cœur ; jamais de différends avec les voisins.

— Tout comme moué ! On a demeuré dans trois villages et on ne s’est jamais fâché qu’une fois, avec les Bariot — et à cause de celle de chez nous, qu’est duraude. Même, quand on se trouve le bonhomme et moi sur un champ de foire, ça ne nous empêche pas de faire des ribotes ensemble, et des belles, je vous le garantis !

— Jamais de différends ! gémissait l’autre ; et de service, allez, vous pouvez demander. Et je n’en crains point encore pour l’ouvrage ; ce n’est pas le travail qui m’use, c’est le tracas ; me faut pas de trifouillements, pas seulement de jours comme aujourd’hui.

— Pas moué ! cré Gâté ! Je suis plus ardent, tout plein, un jour de noce qu’un jour de fauche ! et de boire, ça me renouvelle !

Séverin et Delphine, qui riaient en les écoutant, saisirent un litre d’eau-de-vie et s’avancèrent pour le coup de grâce.

On se remit à table à sept heures ; quelques-uns faisaient triste mine. Frédéric, aussitôt qu’il fut assis, tomba sur son assiette et ronfla.

Les filles voulurent chanter la « chanson de la mariée », une très vieille cantilène où des bachelières font reproche à leur compagne de les quitter pour un mari sans doute volage et méchant ; elles vinrent se placer devant Delphine pour chanter ensemble. Mais le tapage augmentait ; Calloux, du fond de sa grande poitrine bourdonnante, lança pour la dixième fois le refrain de la noce et un souffle d’ivresse dispersa les voix grêles des filles. Dépitées, elles s’en retournèrent à leur place, à la grande joie de Delphine, que cela agaçait d’être ainsi regardée.