— Y a pas de jeu ! Nom de d’là ! Y a de la triche, ici ! Je ne boirai pas.
De loin, Séverin criait implacablement :
— Il boira ! Faites-le boire ! Qui perd boit !
Il buvait, et Auguste, farceur, chantait :
T’as le fricot, Jeannot !
T’as le fricot !
Ceux de la danse répondaient : « ho ! ho ! » et le refrain tournait avec les couples.
Les enfants eux-mêmes étaient fort émoustillés et criaient comme les hommes. Gênés par leurs beaux habits neufs qu’ils ne devaient pas salir, ils s’étaient d’abord tenus cois, regardant danser les autres ; mais Séverin les avait fait boire un peu, puis Delphine ; alors, eux, mis en goût, avaient réussi à boire encore ; ils avaient dû se verser tout seuls de belles rasades dans quelque coin et probablement aussi avaient-ils invité d’autres enfants, des gamines du village, venues là pour voir la mariée.
Tous avaient de belles moustaches roses.
Les plus hardis des garçons commencèrent à taquiner les fillettes, à les pincer, à les tirer par le bras ; puis ils les empoignèrent et vinrent se mêler aux danseurs. Et quand les danses finissaient, ils faisaient comme les grands : chacun embrassait sa danseuse, et même, si elle résistait, lui sautait à la tête, comme si ses joues eussent été cerises.