Quand vinrent les saladiers de caillebotes recouverts d’épaisses crèmes jaunes, les chansons étaient commencées. Calloux, le beau-frère, poussait la sienne, une chanson patriotique, avec des accents terribles et des gestes qui expliquaient. Puis ce fut le tour de Gustinet. Gustinet avait une belle voix de « raudeur » ; il tenait longtemps la dernière note et la faisait trembler.

Un soir, pendant son service, il était allé au café-chantant ; il aimait à parler de cet événement qui l’avait jeté en un grand émoi ; quand il allait aux foires, il achetait des feuilles pleines de chansons. Il savait toutes sortes de rigourdaines.

Il chanta d’abord une complainte, puis une chanson à reprendre qu’il avait justement apprise à la foire de mai ; le refrain enthousiasma :

T’as le fricot, Jeannot !

T’as le fricot, ho ! ho !

Vingt fois ce ho ! fit trembler les murailles ; ç’allait être évidemment le refrain de la noce.

Le repas fini, on enleva les tables, et le musicien commença à jouer une polka. Séverin ne savait guère danser ; Delphine, au contraire, dansait bien, avec souplesse et réserve ; elle aimait surtout l’avant-deux sautillant, l’unique danse des femmes d’âge, mais elle réussissait aussi les danses à la mode. En tournant, elle regardait son marié avec des yeux tendres ; elle eut vite chaud et alla le rejoindre pour se reposer.

D’ailleurs, il fallait offrir à boire, et il était d’usage que la mariée fît, de temps en temps, le tour des invités pour forcer les récalcitrants.

Dans l’aire, les hommes en bras de chemise, jouaient aux boules. Ils avaient un litre et un verre, et Séverin veillait à ce qu’ils bussent copieusement.

Pitaud, Galloux et Auguste s’entendaient contre Frédéric ; pour le mieux berner, ils avaient imaginé de jouer des sous en même temps que des rasades ; celui qui perdait donnait des sous et buvait ; Frédéric perdait toujours. Cependant il tenait encore, car il portait le vin ; on entendait sa voix colère :