— Tu viens d’enrager ! Ce n’est pas vrai, mon Dieu !

Elle se leva et, ayant couché l’enfant, vint à lui toute apeurée.

— Dis, ce n’est pas possible ! Ta chemise est déchirée ! Tu t’es donc battu ?

— Oui, on s’est battu ; le Fédéri m’a fait des reproches et j’ai tapé ; ça devait arriver.

— Il t’aura fait du mal ! Fallait pas te battre, voyons ! Fallait t’en venir ! Comment allons-nous faire pour le gage ? Ta chemise est perdue !

Elle avait les larmes aux yeux en rapprochant les lambeaux d’étoffe. Il la repoussa, et soudain, la voix douloureuse :

— Laisse-moi ! cria-t-il. Ah ! j’ai tort ? Ah ! on m’appellera femme de ville et pouilleux et je serai là et j’écouterai sans rien dire ? Tu crois ça, toi !

Les voisines entendant ces éclats de colère étaient accourues :

— Qu’y a-t-il, Jésus ?

— Ce qu’il y a, mes commères ! Il y a que les gars des Marandières m’ont embêté et que j’ai tombé dessus ; et que celle-ci me le reproche à cette heure ! Oui, Delphine, on m’a dit que tu étais une fainéante et une ruinée ; moi, je suis un chercheur de pain. Et il aurait fallu que je me taise ? J’en ai assez ! Nous autres valets qui nous tuons pour les patrons, on nous mettra sous les pieds ; parce que je suis un crève-de-faim, les gens me cracheront à la figure ! Nom de Diou, qu’ils y viennent !