Soulevé de colère, le poing haut, haletant, superbe, il défiait tous ceux qui l’avaient fait souffrir dans sa jeunesse et ceux pour qui il avait travaillé et ceux pour qui il trimerait encore, demain et toujours.
Delphine pleurait en dorlotant la petite qui s’était réveillée au bruit. Les voisines s’efforcèrent de les apaiser : ces choses-là arrivaient à tout le monde ; on avait vu bien d’autres valets enrager. Chez les Loriot surtout, cela n’était pas étonnant ! Ils avaient grand tort, tous les deux, de se faire un cassement de tête d’une si petite affaire.
Séverin, un peu calmé, changea de chemise et sortit dans le jardin, où Delphine ne tarda pas à le rejoindre ; toute la soirée, il bêcha sans desserrer les dents.
A la nuit tombée, quand les hommes des creux-de-maisons furent rentrés et qu’ils surent comment Pâtureau, relevant une injure qui les atteignait tous, avait corrigé le gars des Marandières, ils approuvèrent bruyamment. Tous détestaient Frédéric et ils eussent souhaité une correction plus complète ; même, l’un d’eux, le Surot, un fort en gueule, tantôt valet, tantôt scieur de long, ricana :
— A ta place, je n’aurais pas jeté ma fourche, non ! s’il s’était amené, je l’aurais enfilé comme un barbot.
Maufret haussa les épaules :
— Tu dis des bêtises, Surot ; s’agit pas d’abîmer les hommes.
Puis, se tournant vers Séverin :
— Tu as fait tout ce qu’il fallait, mon vieux, peut-être même que tu en as trop fait. As-tu ton argent ? Tu n’as pas ton argent ?
— Vous pensez, Maufret, que j’ai songé à autre chose, quand ils se sont jetés sur mon dos comme des bêtes.