L’autre crachota :

— Ils te feront des misères ; je les connais, les grippe-sous. Tu as cogné ; ils te menaceront d’un procès pour ne rien donner ; ils savent que nous avons toujours tort devant le juge. Faut pourtant que tu sois payé !

— Je crois bien ! je ne leur ferai pas cadeau d’un liard.

— Euh ! qui sait ? J’en ai bien connu d’autres… Tu ne sais pas, mon gars : quand Delphine ira chercher ton argent, elle emmènera celle de chez nous. Tu comprends, ta femme n’est point sotte, mais c’est jeunet, ça manque de hardiesse ; Victoire, elle, en a vu de toutes les couleurs, et Dieu merci, elle a toujours la langue plus pointue qu’un aspic. Il faudra y aller le dimanche matin pour tâcher de trouver Loriot qui est encore d’arrangement ; si la Louise était seule, elle ne donnerait rien, la vieille garce !

Maufrette, un enfant suspendu à sa longue mamelle, parut dans la clarté, sur le seuil de la porte. Sa petite tête presque chauve et sans résille surmontait étrangement son gros corps ; elle avait un ventre énorme qui ne se dégonflait plus aux accouchements ; son jupon court levait par devant, laissant voir ses chevilles nues.

Elle venait d’entendre les paroles de son homme.

— Y a pas de crainte à avoir, Pâtureau ! cria-t-elle de sa voix aiguë ; j’irai la trouver, moi, la Loriote, et même je lui ferai une belle morale !

— Si tu veux, reprit Maufret, tu lui feras la morale, mais quand tu auras l’argent !…

*
* *

Le dimanche suivant les deux femmes allèrent donc aux Marandières.