Le soir venait ; la pêche était finie. Il rentra chez lui. Alors seulement il songea qu’il aurait bien dû prévenir Madeleine pour qu’elle vînt avec les enfants devant le tireur de portraits.

Ce regret, d’ailleurs, ne le travailla pas longtemps. Par la fenêtre, il jeta un regard sur les gens qui s’en allaient vers St-Ambroise ou Chantepie et il se dit :

— Après tout cela, je ne sais quand même pas de quel côté elle est partie.


Quand elle revint, le samedi suivant, ce fut pour lui comme un éblouissement. Une telle bouffée de jeunesse lui emplit la poitrine qu’il se sentit une seconde partir en faiblesse.

Il était dans le pré, à côté des réservoirs aux poissons, et elle venait toute seule, un panier à la main, par la route de St-Ambroise. Quand elle fut sur la chaussée de l’étang elle lui fit un joli salut et se mit à descendre vers lui, nonchalamment, la taille balancée comme pour une danse.

— Bonjour monsieur Corbier ! Je passe voir si vous avez encore du poisson à vendre. Vous en reste-t-il qui soit à peu près beau ?

Il n’entendit pas ce qu’elle disait ; il demanda, les idées en déroute :

— Quel est votre nom à vous qui savez le mien ? L’autre jour vous vous êtes sauvée sans me le dire.

— Mon nom ? Ne vendez-vous du poisson qu’aux personnes de votre connaissance ? Je m’appelle Violette et je suis tailleuse à Chantepie.